Photos de prison sur Facebook: «C’est la preuve qu’il faut aux détenus des téléphones bridés»

INTERVIEW Après la série de photos de la prison d'Arras (Pas-de-Calais) que des détenus ont postées sur Facebook, le contrôleur des lieux de privation de liberté réclame plus de moyens...

Propos recueillis par Jane Hitchcock

— 

Adeline Hazan, ancienne magistrate et maire de Reims, a été nommée Contrôleur général des lieux de privation de liberté durant l'été 2014.
Adeline Hazan, ancienne magistrate et maire de Reims, a été nommée Contrôleur général des lieux de privation de liberté durant l'été 2014. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

« Un comble. Les photos sont tellement nombreuses sur Facebook, que les détenus se chargent eux-mêmes de faire la visite du propriétaire d’une prison… Rapide visite guidée » de la maison d’arrêt d’Arras, propose le quotidien régional La Voix du Nord ce jeudi.

Quelle réalité, pour ces prévenus ou condamnés, régulièrement interpellés avec des téléphones dans leurs cellules ? Adeline Hazan, le contrôleur général des lieux de privation de liberté, a répondu aux questions de 20 Minutes, dans la droite ligne de son prédécesseur Jean-Marie Delarue qui réclamait déjà plus de droits pour les détenus.

Avez-vous été choquée d’apprendre que des détenus ont pu rendre publiques des photos d’eux en prison ?
Il n’est pas possible d’autoriser cela et c’est plutôt gênant, de voir sortir ces photos. Mais c’est la preuve qu’il faut aux détenus des téléphones portables bridés, sans caméra ni Internet. Si tous les établissements pénitentiaires sont équipés de cabines téléphoniques, celles-ci se trouvent dans les coursives ou la cour de promenade et les créneaux horaires pour leurs accès sont très limités. Outre le manque d’intimité que cela suppose, le coût d’un appel est très élevé… De plus, certains détenus sont cloîtrés 22 heures sur 24 dans leur cellule : cela contribue à augmenter la tension

Quel constat faites-vous de l’usage d’Internet dans les établissements pénitentiaires ?
Malheureusement, depuis 2011 et la publication de l’avis de Jean-Marie Delarue, rien n’a véritablement changé. Quelques expérimentations ont été menées avec Pôle emploi : des agents se déplacent et permettent aux détenus d’avoir accès aux données pouvant favoriser leurs démarches de réinsertion professionnelle. Mais, malgré la signature d’une convention, ce système n’existe pas partout [145 conseillers Pôle emploi sont intervenus en prison en 2013, sachant que la France compte 188 établissements d’une capacité totale de 57.841 places et que, au 1er janvier 2015, les personnes détenues étaient au nombre de 66.270].

Quelles sont vos propositions, en matière de droit à la libre communication des détenus ?
Je propose un accès à l’Internet contrôlé. L’administration pénitentiaire m’a répondu que les agents avaient déjà des difficultés à lire tous les courriers papiers… Sauf qu’avec des contrôles aléatoires, comme pour les lettres et appels, ces surveillances ne nécessiteraient pas davantage de temps. Je propose également le développement des expériences déjà en cours mais insuffisantes : par exemple le projet Cyberbase appliqué à Marseille, Bordeaux, Amiens ou encore Metz. Les détenus peuvent y accéder à un Internet contrôlé, en présence d’un tiers.