Migrants: Une aide de la Commission européenne pour quoi faire?

DECRYPTAGE Soutien administratif, apport financier: ce sont, concrètement, les gestes proposés par l'Europe pour endiguer la crise migratoire en France et au Royaume-Uni. Explications...

J. H.

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Mardi, une cinquantaine de migrants, en majorité érythréens et soudanais, ont bloqué l’accès au centre d’hébergement Emmaüs où ils sont logés près de l’hippodrome de Vincennes.
Mardi, une cinquantaine de migrants, en majorité érythréens et soudanais, ont bloqué l’accès au centre d’hébergement Emmaüs où ils sont logés près de l’hippodrome de Vincennes. — ALAIN JOCARD / AFP

Le sujet est hautement sensible. L’immigration est désormais la principale préoccupation de la population européenne, devant les questions économiques et le chômage, selon un baromètre réalisé dans les Etats membres. Tentatives d’intrusion sur le site d’Eurotunnel à Calais pour rejoindre l’Angleterre, expulsions musclées à Paris, enquêtes sur des tabassages, record du nombre de morts aux portes de l'Union et des naufrages toujours plus meurtriers en Méditerranée… Les associations telles que France Terre d'asile parlent de « crise ». Pour tenter d’endiguer la situation, critique, la Commission européenne vient de proposer son aide à la France et au Royaume-Uni. Concrètement, en quoi consistent ces mesures ? 20 Minutes fait le point.

Un soutien administratif pour les demandes d’asile

Mardi, le commissaire européen Dimitris Avramopoulos a proposé à Londres et à Paris le soutien de l’institution en termes de traitement de dossiers de demandes d’asile. Contacté par la rédaction, l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) n’a pas réagi à cette proposition. Ayant bénéficié d’un renforcement de ses équipes avec 55 agents supplémentaires, l’organisme devrait également pouvoir réduire le délai de traitement des dossiers, dont le nombre explose, avec la réforme du droit d’asile, récemment adoptée par les députés. Près de 16.000 demandes, déposées il y a plus de trois mois, seraient actuellement en attente d’une réponse.

De plus, comme le rappelle Pierre Henry, le directeur général de France Terre d’Asile, « la France vient d’accepter d’étudier 9.100 nouveaux dossiers de migrants en provenance de la Grèce et de l’Italie », à la suite de l’appel de la Commission européenne. D’après le centre d’information Toute l’Europe, 625.000 demandeurs d’asile ont été enregistrés dans les pays de l’Union en 2014: c’est près d’une fois et demi de plus qu’en 2013. Dans ce contexte de « crise », pour le responsable associatif, cette aide administrative « n’est pas une nouveauté ». Mardi, « la Commission n’a fait que rappeler les moyens importants mis à la disposition des Etats pour l’accueil des migrants, dans la ligne droite des propositions de solidarité qui ont été si mal reçues »... Une piqûre de rappel, en somme, face au refus des quotas.

Une aide à l’identification des migrants

Mardi toujours, la Commission a également proposé son aide « à l’identification des migrants, en collaboration avec les pays d’origine ». Ce, « pour faciliter leur retour »… L’agence Frontex, qui gère la coopération aux frontières extérieures des Etats membres en coordonnant les hommes et les véhicules (gardes-frontières, bateaux, avions, hélicoptères…), et le Système européen de surveillance des frontières (Eurosur), qui permet l’échange rapide d’informations, y travaillent déjà. Mais, pour le dirigeant de France Terre d'Asile, « déterminer l’Etat responsable du retour d’un migrant est un problème, même avec le règlement de Dublin ».

 

Pierre Henry indique : « Le travail avec les pays d’origine existe, par exemple au Niger, avec la bande sahélienne. Mais il y a des projets qui demandent à être précisés et qui supposent d’énormes moyens, pour contenir les flux… Ce qui se fait actuellement n’est pas d’une clarté absolue. De plus, certains pays n’ont pas forcément envie que leurs ressortissants soient identifiés ». Rapport aux 100 milliards de dollars envoyés par les travailleurs migrants en Europe en 2014 vers leurs pays d’origine, selon le Fonds international pour le développement agricole (Fida). Bien que la majorité de ces sommes est transférée vers les pays d’Europe de l’Est, pour les Etats fragiles (Irak, Mali, Somalie, Soudan...), l’Europe représente une source considérable de fonds qui les aiderait à se stabiliser et à se reconstruire.

Un apport financier de 20 millions d’euros

La Commission a proposé également le versement, à la France, d’une première tranche de 20 millions d’euros dans le cadre du Fonds européen pour l’asile, la migration et l’intégration. Le Royaume-Uni a déjà reçu, lui, 27 millions d’euros dans le cadre de ce même Fonds, prévoyant au total 266 millions d’euros pour la France et 370 millions d’euros pour le Royaume-Uni, pour la période 2014-2020. Là encore, le directeur de France Terre d'Asile explique que cet argent, calculé au prorata de la participation des Etats, est prévu dans l’arsenal de dispositifs de la Commission.


Côté pratique, ces sommes servent au financement des plateformes d’accueil des migrants, de leur transfert, jusqu’à leur retour dans le pays source. « Mais l’actuel plan ne fonctionne pas. Il ne peut pas résister à l’arrivée importante et concentrée sur un temps très court des migrants. Ce plan est inadapté à la crise que nous rencontrons. »