Heurts de bureau: Comment éviter que les toilettes pourrissent l’ambiance

SERIE (5/5) Toute la semaine, « 20 Minutes » vous aide à mieux vivre les petites incivilités en entreprise et à neutraliser les collègues envahissants…

Nicolas Beunaiche
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Le 04 juin. ILLUSTRATION TOILETTES - WC FEMMES. // PHOTO : V. WARTNER / 20 MINUTES
Le 04 juin. ILLUSTRATION TOILETTES - WC FEMMES. // PHOTO : V. WARTNER / 20 MINUTES — VINCENT WARTNER / 20 Minutes

Les études ont beau répéter que notre téléphone portable, notre bureau ou notre clavier est plus sale que la cuvette des toilettes, l’état de certains WC de bureaux ne donne tout de même pas envie d’y passer des coups de fil, d’y écrire des mails ou simplement d’y faire ce qu’on a à y faire. Plus que n’importe quel endroit dans les entreprises, les toilettes peuvent en effet ressembler à des champs de bataille. Mais que s’y joue-t-il vraiment ? 20 Minutes a mené l’enquête.

Ils l’ont vécu

Les hommes n’ont pas le monopole de la saleté. « Les toilettes des filles, ça peut être le Bronx », souffle Christelle, 30 ans et plusieurs années d’expérience dans diverses entreprises en tant que commerciale à Paris. Entre les traces d’urine et de sang, les tampons usagés et les poils, les WC sont parfois laissés « en mode Tchernobyl », décrit-elle. Du coup, « certaines femmes rechignent à poser leur postérieur sur la cuvette », causant des « gros ratés » et ajoutant elles aussi à la saleté de l’endroit. Dans sa précédente entreprise, c’est toutefois un homme qui a provoqué le plus gros accident scato-diplomatique. « Un jour, les canalisations ont explosé, il y avait des excréments partout… » raconte-t-elle. Le suspect : un développeur, dont tous les collègues ont remarqué la propension à boucher les toilettes et à détraquer la chasse d’eau. « C’était impossible à prouver, mais il y avait trop de coïncidences », ajoute-t-elle. L’ennemi public numéro un s’en est finalement tiré. « Mais tous les anciens dans la boîte ont encore en tête l’image mythique du président épongeant les excréments… »

C’est quoi le problème, au fond ?

Malgré son aspect léger, la question des toilettes n’est pas anodine. En 2013, le manque d’hygiène au travail aurait coûté 14,5 milliards d’euros à l’économie française, selon une étude très sérieuse publiée par Rentokil Initial et le Center for Economics and Business Research. Soit un niveau supérieur aux autres pays développés. Dix milliards seraient imputables au temps passé par les employés à nettoyer ou à rechercher des toilettes propres, estimé à 2,3 jours par an. Sans parler des congés qui résultent des maladies attrapées par les salariés en raison du manque d’hygiène général, évalués à un jour par an par personne. Selon cette même étude, 59 % des actifs affirment qu’une meilleure hygiène des sanitaires améliorerait leur bien-être au travail. Pas vraiment un hasard. Car l’état des toilettes d’une entreprise dit beaucoup du climat social qui y règne, selon les conclusions d’une autre étude, réalisée par un Study Advice en Grande-Bretagne. Si les toilettes sont sales, cela peut être le signe d’un problème de management. L’étude donne ainsi l’exemple d’une entreprise où deux équipes concurrentes se sont lancées dans des opérations punitives dans les toilettes de leurs adversaires. Enfin, des toilettes sales peuvent aussi être la source de problèmes. Dans l’entreprise où travaille Franck comme responsable des services généraux, « il est arrivé que les gens se surveillent, m’envoient des mails pour se dénoncer et que certains aillent jusqu’à vérifier l’état des toilettes après le passage d’un collègue qu’ils ont dans le viseur… »

Comment résoudre le problème ?

« C’est un problème d’éducation, on n’y peut pas grand-chose malheureusement », explique Franck. Et pourtant, les entreprises sont contraintes d’agir, sous peine que le problème déborde l’enceinte des toilettes. Certaines entreprises choisissent donc d’afficher des mots sur les portes des WC, quand d’autres finissent par taper du poing sur la table. Dans l’entreprise d’Aurélie, les chefs ont ainsi été obligés, après un coup de colère d’une femme de ménage, de convoquer une réunion pour rappeler aux salariés les règles d’hygiène. Avec succès. Quant à Franck, il a fini par s’attaquer aux conséquences, à défaut de pouvoir régler le problème à la source. Dans les prochains locaux de l’entreprise, qui s’apprête à déménager, il a suggéré à la direction d’instaurer une heure de ménage après le déjeuner.