Attentat évité à Villejuif: La filière d’Artigat refait surface depuis la Syrie, trois ans après Merah

ENQUÊTE Des proches du terroriste toulousain auraient guidé le projet d’attentat manqué de Sid Ahmed Ghlam…

William Molinié

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Photo prise en 2007 de la ferme où se retrouvaient les membres de la «communauté d'Artigat», une filière d'envoi de djihadistes en Irak au début des années 2000. Un groupe qui comptait dans ses rangs les frères Merah, les frères Clain et d'autres jeunes radicalisés.
Photo prise en 2007 de la ferme où se retrouvaient les membres de la «communauté d'Artigat», une filière d'envoi de djihadistes en Irak au début des années 2000. Un groupe qui comptait dans ses rangs les frères Merah, les frères Clain et d'autres jeunes radicalisés. — ERIC CABANIS / AFP

La « grande famille » des terroristes français… Une ombre bien connue des services de renseignement plane sur l’instruction de l’attentat évité à Villejuif, fin avril dernier. Fabien Clain, un Français actuellement en Syrie, serait soupçonné d’avoir téléguidé le projet d’attentat de Sid Ahmed Ghlam dans une église de la ville. Ce Toulousain de 36 ans, originaire de La Réunion, a été condamné à cinq ans de prison en 2009 dans le cadre d’une filière d’acheminement de djihadistes en Irak. Cette filière est regroupée sous le nom de « communauté d’Artigat », un petit village en Ariège où les protagonistes de ce clan se sont radicalisés au contact d’un Emir, Olivier Corel. Parmi eux, Mohamed et Abdelkader Merah.

Le Monde, qui révèle l’information dans son édition du jour, avance que les services secrets ont établi un lien entre Fabien Clain et Sid Ahmed Ghlam. Ce dernier a été mis en examen pour le meurtre d'Aurélie Chatelain, jeune femme retrouvée morte dans une voiture à Villejuif. Il est également soupçonné d'avoir eu comme projet de commettre un attentat dans une église de cette même ville. Ces recoupements ont été réalisés grâce à des messages envoyés à l’étudiant francilien par deux hommes originaires de Seine-Saint-Denis qui apparaissaient eux aussi dans la filière djihadiste en Irak de 2000.

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Renaissance d’Artigat en Syrie

Pourtant surveillés de près, les djihadistes du groupe d’Artigat ont réussi les uns après les autres à partir pour la Syrie, pour la plupart entre janvier et mai 2014. D’abord, Sabri Essid, 30 ans. Il était très proche du tueur au scooter jusqu’à en devenir son « demi-frère » après le mariage de son père avec la mère de Merah. L’homme, qu’une source proche du dossier présente auprès de 20 Minutes comme « un minable délinquant de banlieue », fédèrerait aujourd’hui autour de lui le projet de reconstruction d’un « Artigat 2 », depuis la Syrie. Récemment, il est apparu dans une vidéo de Daesh montrant l’exécution d’un arabe israélien par un enfant, qui pourrait être son neveu.

Un autre djihadiste de la filière d’Artigat, Thomas Barnouin, a rejoint la Syrie. L’Albigeois a même emmené plusieurs jeunes d’un quartier sensible de la ville et les aurait formés au combat. Essid, Barnouin, Fabien Clain et son frère Jean-Michel, 34 ans, tous issus de la filière Artigat ont donc échappé à la vigilance des policiers antiterroristes pour gagner la Syrie. Ces derniers, selon nos informations, s’intéressaient de près depuis plusieurs mois à la reconstruction de cette communauté, susceptible de commanditer des attentats depuis la zone irako-syrienne.

Douloureux pour les familles de victimes de Merah

Le retour sur le devant de la scène de l’ancienne communauté d’Artigat pose plusieurs questions. Pourquoi les policiers ont-ils laissé ses membres rejoindre la Syrie ? Surtout s’ils les soupçonnaient de vouloir remonter une deuxième cellule depuis l’étranger ? Au mieux des interrogations. Au pire des suspicions. Sabri Essid, par exemple, n’a jamais été entendu par la justice dans le cadre de l’affaire Merah. Pourtant, il connaissait très bien Abdelkader Merah, mis en examen pour complicité.

Au grand dam des familles de victimes. « Que des gens comme Essid ou Souad Merah [elle aussi partie en Syrie, NDR] puissent passer entre les mailles du fillet, c’est incompréhensible », souffle Béatrice Dubreuil, l’avocate d’Albert Chennouf-Meyer, le père d’Abel Chennouf, un des militaires tués à Montauban par Mohamed Merah. « Pour les familles, c’est très douloureux de voir que des proches de Merah continuent de sévir, trois ans après », poursuit-elle.

Affaire Merah : Des complices difficiles à trouver

Samia Maktouf, l’avocate de la famille Imad Ibn-Ziaten, voit dans cette renaissance de la cellule Artigat en Syrie la « structure toujours active de Merah et sa bande ». « J’ai demandé qu'Essid et les Clain soient entendus. Le juge ne les a pas considérés comme prioritaires. Il y a eu des dysfonctionnements. Les victimes de Merah sont mortes pour rien, sans que la justice n’ait tiré des conséquences », regrette-t-elle. Et prévient : « Il risque d’y avoir d’autres actes ».