Et si on proposait aux demandeurs d’asile de s’installer à la campagne pour désengorger Calais?

IMMIGRATION Depuis janvier, l’Etat encourage l’ouverture dans les zones rurales de centre d’accueil pour demandeurs d’asile…

Vincent Vantighem

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Pouilly-en-Auxois, le 13 février 2015. Des immigrants Soudanais marchent dans les rues de Pouilly-en-Auxois.
Pouilly-en-Auxois, le 13 février 2015. Des immigrants Soudanais marchent dans les rues de Pouilly-en-Auxois. — JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

« Les gens ne parlent que de ça… », résume un habitant du coin sur la place du village. Comment pourrait-il en être autrement ? Depuis début février, Pouilly-en-Auxois, petite bourgade de 1.500 habitants plantée sur les vignobles de Côte-d’Or, accueille une soixantaine de demandeurs d’asiles.

Des Soudanais, Tchadiens, Erythréens… Ereintés d’un voyage qui les a amenés à Calais avec l’espoir de rejoindre l’Angleterre, ils ont finalement accepté d’être hébergés dans une ancienne caserne de gendarmerie reconvertie le temps que leur demande d’asile en France soit étudiée.

Calais : Que se passe-t-il sur le site d’Eurotunnel ?

La mort de plusieurs migrants dans le tunnel sous la Manche est venue le rappeler brutalement cette semaine : les centres d’accueil du Calaisis sont complètement saturés. « Depuis le début de l’année, on encourage donc l’ouverture de centres dans des zones rurales, confirme une source au sein de la Direction générale des étrangers enFrance (DGEF), qui dépend du ministère de l’Intérieur. Bien sûr, cela se fait à chaque fois en concertation avec les élus locaux. »

Des Congolais et Kosovars au beau milieu de la Corrèze

Si la démarche peut surprendre, elle répond à une certaine logique. « Le prix de l’immobilier est moins élevé en zone rurale, il y a plus de terrains disponibles et nous estimons que l’intégration de ces populations peut se faire plus facilement que dans l’anonymat d’une grande ville », poursuit notre source au sein de la DGEF.

Pouilly-en-Auxois a donc concentré les regards médiatiques ces derniers mois. Mais elle n’est pas la seule bourgade à avoir ouvert un centre. Le village de Peyrelevade, 800 habitants au beau milieu de la Corrèze, abrite, lui aussi, depuis quatre mois une soixantaine de Russes, de Kosovars et de Congolais.

« Au début, les habitants du coin sont interrogatifs et suspicieux, poursuit notre source. Mais très rapidement, ils deviennent généreux. Les populations qui arrivent là sont souvent en grande souffrance. »

Pour Raffarin, cela peut sauver les campagnes

Bernard Cazeneuve semble, lui aussi, avoir bien compris l’intérêt de la démarche. Le 17 juillet dernier, le ministre de l’Intérieur, est sorti du cadre de son agenda officiel pour faire un crochet par le centre de Pouilly-en-Auxois. Satisfait de l’initiative, le ministre a toutefois reconnu qu’il s’agissait d’un « travail de longue haleine ».

Jean-Pierre Raffarin estime, lui, que le jeu en vaut la chandelle. Invité de l’émission « Preuves par trois » sur Public Sénat en juin, l’ancien Premier ministre assurait alors que l’immigration pouvait permettre de sauver quelques campagnes en voie de désertification.


« Nous avons dans notre monde rural un déficit démographique important. Très souvent on ferme des écoles. On pourrait très bien en sauver un grand nombre en faisant en sorte qu’une, deux ou trois familles puissent venir dans un certain nombre de villages. »

« D’autres projets dans les tuyaux »

Encouragé par le ministère de l’Intérieur, Adoma, le premier opérateur pour l’hébergement des demandeurs d’asile, assure que « d’autres projets d’ouverture en zone rurale sont dans les tuyaux ». Encore faut-il convaincre les migrants de s’y rendre.

« Dans le Calaisis, la majorité des populations ne veulent pas demander l’asile, mais juste passer en Angleterre, conclut notre source à la DGEF. C’est aussi un travail de les convaincre de l’intérêt de la démarche… » Les chiffres n’aident pas pour cela. En 2014, seuls 14.564 migrants ont obtenu l’asile sur les 64.536 qui l’avaient demandé, soit 22,5 %.