Nord: «Les combats de coqs, c'est comme la boxe»

INTERVIEW Le Conseil consitutionnel se prononce ce vendredi sur l’interdiction de créer de nouveaux gallodromes, ce qui pourrait mettre à mal cette tradition que certains vivent comme une passion. Un passionné défend sa cause auprès de « 20 Minutes »…

Propos recueillis par Jane Hitchcock

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La coutume des combats de coqs existe "depuis que les coqs existent". Elle également populaire en Bolivie (photo d'illustration).
La coutume des combats de coqs existe "depuis que les coqs existent". Elle également populaire en Bolivie (photo d'illustration). — AIZAR RALDES / AFP

Gondecourt, dans le Nord de la France, l’émotion est toujours vive après la tentative d’interdiction d’un combat de coqs. C’était en mars, et c’était le dernier spectacle du genre auquel Guillaume Levecq, un habitant et passionné, a assisté. Il raconte à 20 Minutes l’affrontement avec la fondation Brigitte Bardot et les autres associations de protection des animaux qui avaient porté plainte contre la tenue de cette journée. Il explique et décrit aussi l’engouement pour la tradition, autorisée dans sa région.

A quand remonte la coutume des combats de coqs dans le Pas-de-Calais ?

Depuis que les coqs existent, sûrement ! A la base, c’était une tradition de gens pauvres. Ils se sont rendu compte dans leur basse-cour que deux mâles ensemble s’affrontaient systématiquement. C’est devenu un jeu, puis un loisir. D’où l’organisation de combats dans les gallodromes. Cette coutume existe aussi aux Etats-Unis, en Amérique Latine, en Grande-Bretagne, dans les Flandres belges et françaises. J’ai assisté à mon premier combat de coqs il y a trente ans : j’avais 13 ans et mon père m’emmenait avec lui. Depuis, j’aide à en organiser, deux ou trois maximum tous les ans.

Le dernier était celui du 1er mars ?

Exactement. Vingt-trois combats ont été organisés pour l’événement, qui a rassemblé plus de 300 spectateurs et… une vingtaine de militants de la fondation Bardot, qui étaient intervenus pour faire interdire ces actes de soi-disant barbarie.

Or, ce sont eux qui ont insulté les gens. J’ai vu deux mères de famille rentrer chez elles avec leurs jeunes enfants, en pleurant. Ils poussaient les spectateurs avec leurs pancartes… tout cela pour défendre des coqs. Nous étions estomaqués. Je trouve cela excessif. Je tiens un blog historique sur Gondecourt : j’ai été contraint de fermer les commentaires, tant les menaces de mort que je recevais étaient nombreuses.

Y a-t-il, depuis, moins de combats ?

Moins de combats, je ne le crois pas, mais de plus en plus de personnes attirées par ce type de spectacles, festifs, oui. Nous avons un gallodrome à Hantay : il s’en organise très régulièrement. Certains parient et se donnent l’argent de la main à la main - 5 euros en général - mais pas moi. Si des coqs meurent, souvent, ils sont rachetés et mangés. Il faut compter 10 euros pour un coq de cinq ou six kilos. Comme dans la boxe, il existe plusieurs catégories : les petits, moyens, mi-lourds et gros. Et de multiples espèces pour chaque catégorie. L’ambiance est familiale, animée. Personnellement, je trouve que c’est un beau spectacle. Les coqs sont entraînés et reçoivent une alimentation spécifique : ils sont très bien nourris. Ils se battent à armes égales. Comme pour la boxe, encore, il y a un gagnant, un perdant, voire des matches nuls.

Avez-vous assisté à des combats de coqs à la Réunion, où l’activité est également autorisée ?

Absolument. Leurs coqs sont plus petits que les nôtres et les combats se déroulent tout le week-end, en pleine rue, sur un bout d’espace vert. Nous n’avons pas le même fonctionnement dans les Flandres mais bon… La tradition à la Réunion existe depuis que les hommes sont arrivés sur l’île.

Saisi par deux Réunionnais, poursuivis en justice pour avoir ouvert un nouveau gallodrome, le Conseil constitutionnel doit se prononcer vendredi sur l’interdiction de créer des sites de combats. Qu’en pensez-vous ?

Une fois de plus, ce sont les gens de Paris qui vont imposer leur façon de voir à des régions qui perpétuent des traditions et tiennent des activités qu’ils ne connaissent pas… Par exemple, je n’ai jamais assisté à une corrida et je me garderais bien d’avoir un avis sur le sujet. Par curiosité intellectuelle, j’irais voir, avant de critiquer. Je précise quand même que cette coutume est différente des combats de coqs. Là, c’est un homme qui se bat contre un animal. Et un homme armé.