Daesh: «Ces Français volontaires pour défendre les chrétiens d'Orient sont un danger»

TERRORISME Au delà du risque de mourir sur le front syrien ou irakien, ces volontaires peu encadrés constituent un risque...

Jane Hitchcock

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Le spécialiste des mouvements radicaux, Mathieu Guidère.
Le spécialiste des mouvements radicaux, Mathieu Guidère. — SIMON ISABELLE/SIPA

Ce sont des civils qui ont décidé de tout plaquer pour aller défendre, sur le terrain, ces chrétiens d’Orient « martyrisés » par leur ennemi commun : l’organisation de l’Etat Islamique (EI). D’après la branche non officielle des « Dwekh Nawsha » (pour « Futurs martyrs » en araméen), une milice revendiquant la défense des chrétiens d’Orient, 50 soldats ont été sélectionnés au printemps dernier et seront opérationnels en septembre, pour ce qui sera le premier « bataillon » de ce groupe. « Ce phénomène n’est pas nouveau, analyse Mathieu Guidère, professeur de veille stratégique et spécialiste des mouvements radicaux. Récemment, une centaine d’Européens francophones sont allés se battre en Ukraine contre la Russie. D’autres, aussi, avaient rejoint les Républicains espagnols pour lutter contre le régime de Franco… »

François Burgat, chercheur à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman à Aix-en-Provence, évoque aussi le cas moins connu des Français de confession chrétienne qui ont combattu dans les rangs phalangistes, auprès des chrétiens libanais, durant la guerre civile libanaise. « Globalement, ce type d’engagement, tout comme celui des djihadistes, procède banalement de l’expression d’une solidarité idéologique ou confessionnelle transnationale », estime-t-il.

Aussi dangereux que les djihadistes et pas moins illégitimes ?

Banal, peut-être, mais pas sans risque, au-delà de celui de mourir au combat. « Il y a de tout et, de tout temps, ces volontaires ont toujours été un problème ! », insiste Mathieu Guidère. Ainsi, le chercheur assure que, comme les Français qui partent faire le djihad, le problème se situe au retour : « Ils constituent un danger. Car aguerris sur le terrain, quelle sera la cause de ces volontaires de Dwekh Nawsha à leur retour en France ? ».

Inquiet, Mathieu Guidère insiste : « Ce n’est pas parce que leur motivation est différente que ces groupes sont légitimes ». Il trouve, paradoxalement, de nombreux points communs aux djihadistes de Daesh et aux miliciens français qui veulent s’engager pour les combattre, quelle que soit leur confession, s’ils en ont une d’ailleurs. « Comme pour l’Etat Islamique, les combattants ne sont pas forcément mus par une religion. Le fond culturel de croisade, pourtant, existe, mais en arrière-plan. De plus, les djihadistes aussi, sont des volontaires. Eux non plus, ne sont pas rémunérés. Et, des deux côtés de ces groupes engagés, l’argument majeur est " Nous voulons protéger les populations ". Ce qui est encore plus gênant… », développe-t-il.

En France, le mercenariat est interdit par la loi

Du côté de la police, on ne nie pas le problème et on temporise : « ce phénomène ne concerne qu’une poignée de personnes, qui se revendiquent souvent plus nombreuses qu’elles ne le sont réellement ». Contacté, le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité commenter ces chiffres. Mais insiste sur les risques pénaux encourus par ces « volontaires » : des poursuites pénales peuvent être engagées contre les suspects participant à des organisations terroristes à l’étranger, pour peu que les faits soient prouvés, et que le groupe auprès de qui on combat soit répertorié comme terroriste.

N’importe qui peut-il choisir sa cause, son camp, et aller se battre ? Selon la loi : oui. Tant que le volontaire n’obtient aucun avantage pour son engagement, toutefois. La loi française interdit en effet le mercenariat. Depuis 2003, toute personne prenant une « part directe aux hostilités en vue d’obtenir un avantage personnel ou une rémunération » est passible d’une peine de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans et jusqu’à sept ans si cette personne a organisé l’activité. La terminologie est précise: c’est aussi la raison pour laquelle les volontaires de Dwekh Nawsha s’autoproclament volontaires et affirment n’attendre aucune contrepartie pour leur engagement. Mais ces « avantages »... peuvent être l’objet de diverses interprétations.