Novembre 2014, aux abords d'un village chrétien situé à 30 km au nord de Moussoul, en Irak. Un soldat de Dwekh Nawsha devant le drapeau du parti Assyrien, lors d'une surveillance (photo d'archives).
Novembre 2014, aux abords d'un village chrétien situé à 30 km au nord de Moussoul, en Irak. Un soldat de Dwekh Nawsha devant le drapeau du parti Assyrien, lors d'une surveillance (photo d'archives). — Bram Janssen/AP/SIPA

TERRORISME

Des Français se préparent à prendre les armes pour combattre Daesh

Ils s'apprêtent à partir défendre les chrétiens d'Orient contre l'Etat Islamique. Ce sont les combattants non-officiels de «Dwekh Nawsha». Témoignages...

Ils sont intellectuels, ouvriers, commerçants, fonctionnaires et… anciens militaires. Jeunes, ou moins jeunes, ils étaient en tout cas 1.772 sympathisants à avoir rejoint le groupe sur Facebook Dwekh Nawsha France, fin juillet, qui a ouvert une antenne à Bruxelles. Ils sont originaires de Limoges, Rennes, Marseille, Paris, Grenoble… bref, des quatre coins de la France. Ces « futurs martyrs » ont tous un point commun : dès septembre, ils vont rejoindre les chrétiens d’Orient, pour combattre Daesh. Ils se sont confiés à 20 Minutes.

  • Simo, ex-chasseur alpin, tête de pont du premier « convoi »

Il ne lui reste plus qu’un téléviseur et sa voiture à revendre. Simo, 26 ans, a déjà rendu l’appartement qu’il louait et il est allé vivre chez son père, en Isère, en attendant le grand départ. « J’ai quitté ma petite amie il y a trois mois, pour me consacrer pleinement à mon entraînement physique. Course à pied, VTT, pompes, tractions… J’évite la salle de muscu pour garder un max d’argent, dont j’aurai besoin sur place. » Simo - c’est son nom de code - a passé trois ans au 27e bataillon de chasseurs alpins. « J’ai enchaîné plusieurs boulots ensuite mais… » Le jeune homme, athée dit-il, est « impatient d’aider ». D’être à nouveau sur le terrain, même s’il n’a jamais mis les pieds au Proche-Orient. « Ces populations sont vraiment dans une sacrée merde (sic). J’ai peur, oui. Mais j’essaie d’y penser le moins possible. »

Simo a annoncé son départ à quelques-uns de ses amis proches. « Je ne voulais pas être jugé mais je l’ai été quand même. Pour eux, ce n’est sans doute pas facile. » Son père et sa mère ne sont encore au courant de rien. « J’essaie de trouver le bon moment pour en parler. Mais mes parents n’ont pas toujours bien compris mes décisions. » Sa seule véritable appréhension concerne « mon petit demi-frère. Il a 10 ans. Ça va le faire souffrir, de me voir partir ». Le choix de Simo est fait depuis longtemps déjà. Il ne se retourne pas. Pas plus qu’il ne se projette : « Je ne me vois pas revenir en France. Je veux rester là-bas, les aider. On verra après. »

  • Jacques, ancien légionnaire, l’un des 200 réservistes

Dans le sud de la France, Jacques se prépare à annoncer la nouvelle à sa famille. Le quadragénaire vient tout juste de remplir le formulaire d’engagement. Bientôt, il passera son entretien. Membre de Dwekh Nawsha « depuis six mois, [il a] connu le groupe par des vétérans, comme [lui] ». Jacques est un ancien légionnaire et un ancien de l’armée de terre. Douze ans d’expérience en tout, avant de passer agent de sécurité et instructeur de Krav Maga. Marié à une infirmière et père de quatre enfants, Jacques ne sera pas prêt pour le premier départ, courant septembre : « Il faut d’abord que les organisateurs vérifient mon pedigree. J’ai bien sûr précisé que j’étais spécialiste du génie. J’ai fait la Yougoslavie.» La raison de son engagement ? « Je ne veux pas partir en carton pour flinguer des mecs : je veux retourner sur le terrain pour défendre une civilisation, une cause ». Convaincu, il prendra le temps de s’enrôler, assure-t-il : « La situation actuelle me touche profondément. Lorsque je vois ces djihadistes récupérer des gosses dans les cités… On ne peut pas les laisser agir. Il faut les neutraliser. »

  • Un combattant, en Syrie, a rejoint l’Unité de protection des Kurdes

Lorsqu’il se présente, sous la bannière Dwekh Nawsha France vendredi 24 juillet, cet homme ne décline ni identité, ni nom de code. Tout juste accepte-t-il de donner sa localité : Kobané, en Syrie. Et de brosser son profil : « J’ai 35 ans et 19 ans et demi dexpérience dans larmée de terre, après avoir intégré lécole militaire dAutun à mes 15 ans. » Sur un tchat, l’inconnu assure aussi combattre Daesh depuis sa fin de carrière, en novembre 2014. Et qu’il vient de donner un autre goût à sa mission, à l’origine humanitaire - Dwekh Nawsha ne recrute pas de combattants, affirme-t-il. « J’ai rejoint les YPG, en première ligne ». Désormais au sein des Unités de protection du peuple kurde, il défend un mouvement « interreligieux ». « Une position, plutôt », estime Ian, l’un des responsables de la branche non officielle de Dwekh Nawsha.

  • Ian, l’un des responsables de la milice non officielle de Dwekh Nawsha

Ce responsable parmi d’autres de la filière des combattants de Dwekh Nawsha a un nom de code : Ian. « Vous savez, moi, je ne pars pas : ma famille me prendrait pour un fou, j’ai trois enfants pour ne pas faire de mystère et, le front, pour ne rien cacher non plus, ne conviendrait pas à mon tempérament. La seule femme de notre groupe reste en France elle aussi. Nous sommes là en soutien », confie-t-il, ni gêné ni fier.
Comment a-t-il assisté à la naissance de cette branche « armée » ? « J’ai vu un reportage sur Brett, cet Américain parti combattre Daesh. J’ai surfé sur le net. Voir ces horreurs perpétrées par l’Etat Islamique et des populations martyrisées, je me suis dit qu’on ne pouvait pas rester là, les bras croisés. J’ai proposé mes idées… », et la milice est née.