Avec le Projet Papillon, les jeunes victimes de terrorisme se reconstruisent

REPORTAGE Vingt-quatre jeunes victimes du terrorisme du monde entier se sont réunies, durant une semaine en Ile-de-France, pour échanger et commencer à se reconstruire…

Vincent Vanthighem
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Des jeunes victimes de terrorisme participent à un atelier arts plastiques dans le cadre du Projet Papillon.
Des jeunes victimes de terrorisme participent à un atelier arts plastiques dans le cadre du Projet Papillon. — V.VANTIGHEM / 20 MINUTES

Khatchig repeint précautionneusement ses baskets à la peinture violette. Au sous-sol, Soslan, lui, revisite Eminem à la guitare tandis que, plus loin, Viviana tente de confectionner un masque en argile. Ça en a tout l’air mais ce n’est pas une colonie de vacances à laquelle prennent part, jusqu’à ce mardi, vingt-quatre jeunes du monde entier dans un centre verdoyant situé à une vingtaine de kilomètres de Paris*.

Agés de 15 à 25 ans, tous sont en effet des victimes du terrorisme. Khatchig reste ainsi traumatisé depuis l’explosion d’une voiture à côté de laquelle il passait à Beyrouth (Liban) en 2013. Soslan, lui, a encore du mal à parler de la prise d’otages de l’école de Beslan (Russie) qu’il a vécue.

C’est justement tout l’objet de ce « Projet Papillon » mis en place par l’Association française des victimes de terrorisme (AFVT). « Le but est de donner à ces jeunes des moyens de parler de leur traumatisme pour qu’ils le surmontent et parviennent à se projeter dans l’avenir, explique Stéphane Lacombe, directeur général de l’AFVT. C’est un projet thérapeutique, pas un centre des vacances. »

Groupes de paroles et art-thérapie

Leur journée débute d’ailleurs invariablement par un groupe de paroles encadré par des psychologues. « Au Maroc, les gens ne comprennent pas ce que je peux ressentir. Ils me disent ‘’Oublie et passe à autre chose’’, lâche Salima, 19 ans, dont le père a été grièvement blessé dans l’attentat du café Argana de Marrakech en 2011. Ici, je sais que les autres ne vont ni rire, ni me juger. Ils savent de quoi je parle. Ça permet d’avancer. »

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Et qu’importe si tous ne maîtrisent pas la langue de Molière. Lors des activités, les jeunes passent en un claquement de doigt du russe à l’anglais via l’arabe. L’art étant un langage universel, les jeunes participent aussi l’après-midi à des ateliers aussi thérapeutiques que créatifs.

Nassim, 33 ans, s’occupe ainsi de la musique. « On arrive à les faire s’exprimer autrement que par la parole, raconte-t-il alors que deux ados se lancent dans un concours de Beatbox. Quand je leur ai demandé d’écrire une chanson, leurs paroles évoquaient surtout la solitude et le manque. Du coup, on a travaillé là-dessus. »

« J’ai toujours peur des centres commerciaux »

Seul Français de l’opération, Julien – touché par un attentat au Caire (Egypte) en 2009 – est l’un des bénéficiaires de ce travail. « Habituellement, lorsque l’on parle de notre souffrance, les gens font preuve d’une fausse compréhension. Or, moi, j’avais surtout besoin de reprendre confiance en moi. Avec ce cercle d’amis, j’ai l’impression d’être plus solide désormais… »

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Même si l’actualité vient leur rappeler, semaine après semaine, que le monde n’en a pas fini avec le terrorisme. « Je déteste les lieux publics et je n’arrive toujours pas à aller dans les centres commerciaux », témoigne par exemple Salima.

Achraf, son compatriote qui a perdu son père dans l’attaque de Casablanca (Maroc) en 2003, avait aussi du mal à sortir de chez lui au début. Désormais, il se projette dans l’avenir. « L’année prochaine, j’ai prévu d’accueillir Soslan, le Russe, chez moi. On aimerait bien créer le même genre de Projet Papillon au Maroc… » Stéphane Lacombe sourit à cette évocation. « Par les temps qui courent, on a plus que jamais besoin d’ambassadeurs de la paix. »

* Pour des raisons de sécurité, le lieu exact est tenu secret.