Attentats de 1995: «Les cellules psychologiques sont devenues une facilité politique et médiatique»

FAITS DIVERS Après que l'attentat au métro Saint-Michel a fait huit morts et 126 blessés ces cellules ont vu le jour pour aider les survivants et témoins choqués…

William Molinié

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Un panneau d'information indiquant la mise en place d'une cellule de crise de soutien psychologique devant une école maternelle, en septembre 2004
Un panneau d'information indiquant la mise en place d'une cellule de crise de soutien psychologique devant une école maternelle, en septembre 2004 — Pascal Guyot AFP

Un suicide d’un enseignant, une fermeture d’usine, un accident de montagne… A chaque fois, une cellule psychologique est ouverte. Pourtant, à l’origine, elles étaient censées « débriefer » les individus souffrant d’un syndrome post-traumatique violent à l’issue d’un accident collectif ou d’un attentat.

Créées par le Docteur Xavier Emmanuelli* à la sortie de la vague d’attentats en France à l’été 1995, les cellules d’urgence médico-psychologiques (Cump) ont été dévoyées. 20 Minutes vous explique pourquoi…

Pourquoi ont-elles été mises en place ?

En 1988, le docteur Xavier Emmanuelli est envoyé par Médecin sans frontière (MSF) en Arménie lors d’une mission pour le tremblement de terre qui a fait entre 25.000 et 30.000 morts. « Je ne comprenais pas les réactions de certains survivants. Colère, gestes automatiques… Beaucoup étaient de vrais zombies », se souvient-il auprès de 20 Minutes.

Lorsqu’en 1995, les attentats de Saint-Michel surviennent, il est au poste de secrétaire d’Etat chargé de l’action humanitaire d’urgence. Il se rend avec Jacques Chirac, alors président, sur les lieux du drame. « Il n’y avait pas de réponse adaptée. Quand Chirac m’a demandé ce qu’on pouvait faire, je me suis rappelé l’Arménie. Je savais que les militaires connaissaient cette problématique du syndrome post-traumatique. » C’est alors qu’il propose de créer ce type de cellules encadrées par des psychologues et spécialistes de la personnalité.

En quoi consistent-elles ?

Certaines victimes d’accidents collectifs ou d’attentats peuvent rester « fixer au moment de l’effondrement ». « L’attentat gèle cette situation. Les gens se coupent alors de toute sociabilité. Le psychisme devient immobile. Si on ne les aide pas, cela peut durer des années », explique le fondateur du Samu social de la Ville de Paris.

Ces cellules visent à prendre très rapidement en charge les victimes. « Il faut être très professionnel. Les gens ont une histoire personnelle, il n’y a pas de solution miracle. Au cas par cas, nous aidons à faire en sorte qu’ils redémarrent. C’est de la dentelle », poursuit-il.

Comment ont-elles dévié ?

Petit à petit, le temps médiatique et le temps politique se sont substitués au médical. En d’autres termes, vingt ans après leur création, ces cellules psychologiques répondent plutôt à une urgence politique qu’à une urgence médicale, regrettent la psychologue Hélène Romano et le neurologue Boris Cyrulnik, auteurs de Je suis Victime, L’incroyable exploitation du trauma**. « La logique du soin semble ensevelie sous une logique financière, politique et médiatique… Le blessé psychique devient alors Victime », notent-ils.

« Ces cellules sont clairement devenues une facilité politique et médiatique », regrette aujourd’hui leur créateur, Xavier Emmanuelli. La cellule psychologique est devenue le point final du fait-divers. « Le drame, une prescription de deuil national », écrivent les spécialistes. Pire, une fois les journalistes et les voitures des ministres partis, le manque de moyens laissent alors le patient livré à sa détresse. Cette fois-ci bel et bien seul.

* En cas d’urgence, faîtes le 15 (Albin Michel), Xavier Emmanuelli
** Je suis victime, L’incroyable exploitation du trauma (Editions Duval), Hélène Romano et Boris Cyrulnik