Prix de la viande: Les abattoirs, mouton noir de la filière?

AGROALIMENTAIRE Les abattoirs sont accusés de ne pas avoir joué le jeu de l’augmentation des prix de la viande bovine…

Audrey Chauvet
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Illustration d'un abattoir.
Illustration d'un abattoir. — D.MIHAILESCU / AFP

Ça va saigner : ce jeudi, alors que les éleveurs français mènent toujours des opérations de blocage des routes pour manifester leur détresse face aux prix bas de la viande, plusieurs représentants du mouvement ont promis des journées compliquées aux abattoirs qui ne respecteraient pas l’engagement pris le 17 juin dernier.

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Le rapport remis ce mardi au ministre de l’Agriculture pointe en effet leur responsabilité dans l’échec des mesures de revalorisation de la viande : le médiateur des relations commerciales agricoles estime que les abatteurs n’ont pas respecté l’engagement d’acheter le kilo de viande 5 centimes plus cher chaque semaine

Vous n’avez rien compris à la grogne des éleveurs ? On vous explique tout

Les abattoirs réellement fautifs ?

Les augmentations des prix d’achat aux éleveurs ont été faites dans « des proportions variables selon les régions d’abattage et les catégories d’animaux abattus », précise le médiateur. Si la viande fraîche destinée à être vendue en l’état au consommateur, sous forme de morceau de viande sous vide, a bel et bien profité de la hausse des prix, ce n’est pas le cas des morceaux destinés à l’industrie de la transformation. « Nous avons valorisé sur la viande fraîche vendue en l’état, et là la grande distribution a joué le jeu. Sur les produits élaborés, sur l’exportation et sur la collectivité nous n’avons pas pu passer des hausses de prix », affirmait le directeur délégué du syndicat national des industries de la viande (SNIV), Paul Rouche, sur France Info.

La viande fraîche a ainsi été revalorisée dès l’abattoir de 3 à 7 centimes par kilo. Mais pour les plats cuisinés, steaks hachés, brochettes et autres viandes transformées, les distributeurs n’ont pas voulu mettre la main au porte-monnaie, accuse Paul Rouche. « Cela représente autour de 45 % des volumes vendus », a-t-il précisé.

« Les actions vont s’accélérer »

« Nous sommes dans un système économique qui tourne à l’envers, déplore Pierre Vaugarny, secrétaire général de la Fédération nationale bovine (FNB). Ce sont les distributeurs qui fixent les prix au lieu des producteurs. Les industriels qui sont entre les deux sont le maillon faible, et si les prix à la consommation augmentent, ils peuvent avoir envie de conserver une partie de la plus-value. » Les abattoirs auraient-ils gardé pour eux la marge obtenue grâce aux paiements plus élevés de la grande distribution ? « Certains groupes d’abattage ont déjà encaissé la plus-value, affirme Jean-Pierre Fleury, président de la FNB. Par exemple, un grand distributeur nous a dit qu’il avait payé d’avance pour six semaines d’approvisionnement, avec une revalorisation de 5 centimes chaque semaine. » Et les éleveurs n’ont pas vu la couleur de ces avances.

Toutefois, il ne faudrait pas uniquement accabler les abattoirs. Jean-Pierre Fleury rappelle qu’ils sont « aliénés à la grande distribution » avec qui ils entretiennent des rapports conflictuels dus à la « guerre des prix » initiée par les supermarchés. Sans compter que ces derniers ont pour moyen de pression la concurrence allemande ou espagnole, qui leur fournirait de la viande moins chère, et la surcapacité d’abattage française « qui fait le jeu de la grande distribution » en tirant les prix vers le bas, estime le président de la FNB.

Dans ce jeu de « c’est pas moi, c’est lui », une chose est sûre : les éleveurs ne baisseront pas les bras. « Aujourd’hui, il n’y a plus aucune excuse pour que les engagements pris en juin ne soient pas respectés par tous les opérateurs, avertit Pierre Vaugarny, également éleveur. Je pense que dans les jours qui viennent, les actions vont s’accélérer contre ceux qui auraient des trous de mémoire… »