Qui se cache derrière «Dwekh Nawsha», la milice qui va envoyer des Français combattre Daesh

TERRORISME Ils sont chrétiens ou athées, et ils veulent prendre les armes contre les djihadistes du groupe Etat Islamique. Ces ex-militaires ou simples citoyens français sont « recrutés » par « Dwekh Nawsha », une milice qui défend les chrétiens d'Orient. Explications...

Jane Hitchcock

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La plupart des futurs combattants civils français qui s'apprêtent à rejoindre le front ont été inspirés par ce vétéran de l'armée américaine, Jonathan Krohn Brett. Ici, le 5 février 2015 en Irak.
La plupart des futurs combattants civils français qui s'apprêtent à rejoindre le front ont été inspirés par ce vétéran de l'armée américaine, Jonathan Krohn Brett. Ici, le 5 février 2015 en Irak. — SAFIN HAMED / AFP

Qui sont les « Dwekh Nawsha » ? Ces « futurs martyrs » (en araméen) forment une organisation en pleine expansion, lancée mi-mai 2014 en Irak, qui a compté dans ses rangs des vétérans américains et britainniques, dès l'été. Son objectif: défendre les chrétiens. En France, le groupe est né au lendemain des attentats de janvier. Depuis, plusieurs pages se sont créées sur Facebook. 20 Minutes a enquêté sur cette « nébuleuse ».

Une branche créée en avril en France

Le site internet de la seule milice française « Dwekh Nawsha » apparue sur Facebook en avril assure : « De plus en plus de Français se renseignent sur les moyens de se rendre en Syrie et surtout en Irak combattre les extrémistes, notamment les miliciens ultraradicaux du groupe Etat islamique ». Une « antenne » a été créée pour la Belgique, ce mois de juillet. De même que « des représentations en Suisse et aux Antilles » se mettaient en place, en même temps. « Notre groupe a été initié de manière informelle et non officielle voici quatre mois environ, confirme Ian, l’un des responsables de la milice. Notre groupe compte le plus grand nombre de membres [1.772 au 28 juillet] et le moins de jeunes, que nous soupçonnons d’être des concurrents impatients de vouloir casser de l’islamiste. »

Des volontaires non rémunérés, pas des mercenaires

L’homme appelle en numéro masqué et ne fournit que des noms de code. Ian ne dira rien de la logistique ni du parcours géographique que vont emprunter les 50 « soldats » déjà opérationnels pour septembre. Par précaution. En effet, le sujet est très sérieux, car si d’aventure l’un des sympathisants se qualifiait de mercenaire, il, ainsi que les responsables du groupe, pourraient être poursuivis en justice. C'est pourquoi Ian affirme que les futurs soldats sont des volontaires non rémunérés. Mais la campagne de recrutement a payé. « Un groupe d’une quinzaine d’éclaireurs seront en tête de pont. Ce sont principalement des anciens de l’armée, âgés de 25 à 45 ans. Nos contacts avec les Assyro-Chaldéens [les chrétiens d’Irak] sont réguliers et se passent bien. Vous savez, pour l’instant, ils restent assez méfiants vis-à-vis des Français, qu’ils considèrent être plus proches des djihadistes… »

Des réservistes triés sur le volet, au budget minimal de 2.500 dollars

Cette « force d’appoint symbolique viendrait épauler les peshmergas (combattants) kurdes et serait stationnée non loin d’Erbil, la capitale du Kurdistan irakien », précise le site. Mais il ne suffit pas de vouloir pour être sélectionné, via un questionnaire à remplir en ligne. En effet, le groupe a des exigences. Ian explique également que le dossier de quelque 200 réservistes « est actuellement à l’étude. Les profils sont sérieux : nous recherchons d’abord la motivation, la maturité, des personnes avec un casier judiciaire vierge et… si cette personne est un ex-militaire, c’est encore mieux », reconnaît l’interlocuteur qui veut éviter toute « infiltration » d'imposteurs. D’où le recrutement de ces « triés sur le volet » ainsi que l’engagement moral et surtout financier qui leur est demandé : au moins 2.500 dollars pour s'équiper et vivre sur place. Le but étant de jauger si le volontaire souhaite simplement passer « des vacances à risques, en vivant sur le dos de populations qui n’ont déjà plus rien… Il faut un minimum d’argent pour vivre là-bas : abonnements internet, achat de munitions… Il faut de 2.500 à 3.000 dollars. Concernant les armes, évidemment, ce n’est pas en France que nous nous les procurons, c’est clair et net », affirme Ian. Une cagnotte a été créée pour l’occasion et des appels aux dons ont été lancés pour financer l'opération.

Des imposteurs, des dissidents

Une initiative qui ne passe pas très bien chez certains... qui se revendiquent également comme des Dwekh Nawsha France « Officiel ». Sur cette interface, un inconnu répond dans la messagerie privée : « Nous, sommes les vrais Dwekh Nawsha. Ne lisez pas l’autre compte, où un imposteur demande jusqu’à 3.000 dollars aux futurs combattants pour s’armer. Il ne faut rien, pour venir ici ». Au terme d’un long tchat, 20 Minutes découvrira que ce Français se trouve à Kobané en Syrie avec cinq autres compatriotes. La page en question a été supprimée deux jours après la conversation, sans plus d'explication.