Des victimes du Mediator contre la Légion d'honneur de l'ex-ministre Henri Nallet

POLEMIQUE L'ex-ministre de la Justice Henri Nallet a travaillé pour le groupe Servier, mis en cause dans l'affaire du Mediator...

A.B. avec AFP

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Le Premier ministre Manuel Valls aux côtés de Henri Nallet, ancien ministre de la Justice.
Le Premier ministre Manuel Valls aux côtés de Henri Nallet, ancien ministre de la Justice. — M.MEDINA / AFP

Des victimes du Mediator se sont élevées contre la Légion d’honneur attribuée à Henri Nallet, ex-ministre socialiste et ex-conseiller du laboratoire Servier, lors de la promotion du 14 juillet et ont engagé des procédures contre cette distinction.

« Comme un coup de poignard »

« Mes clients sont furieux. L’un m’a dit ce matin : "Cette histoire est comme un coup de poignard" », a déclaré Me Charles Joseph Oudin, défenseur de victimes de ce médicament fabriqué par Servier et prescrit pendant des années comme coupe-faim malgré ses effets dangereux.

Ex-ministre de l’Agriculture puis de la Justice sous François Mitterrand dans les années 80 et début 90, Henri Nallet a ensuite travaillé pour le groupe Servier en tant que conseiller pour les affaires internationales. « On ne peut comprendre que quelqu’un qui ait été entendu comme témoin assisté dans une procédure (NDLR dans l’affaire Mediator) puisse être promu à cette distinction supérieure », a estimé Me Joseph Oudin.

« La Légion d’honneur est donnée pour des actions méritantes pour l’intérêt général. Or, Nallet a défendu les intérêts privés d’un laboratoire qui est un labo criminel », a déclaré Irène Frachon, pneumologue du CHU de Brest, dont les travaux ont permis la découverte de ce scandale sanitaire.

Saisir François Hollande

Me Joseph Oudin a annoncé qu’il allait saisir François Hollande, sous forme d’un « recours gracieux » au nom de cinq victimes, pour qu’il « suspende » cette décoration et ordonne une enquête « pour vérifier les conditions » de son attribution.

Henri Nallet, déjà promu officier de la Légion d’honneur en 2001, a été élevé le 14 juillet au grade de commandeur.

« Aujourd’hui ou demain, nous allons saisir le président de la République (…) pour qu’il suspende, selon l’article R49 du code de la Légion d’honneur, la réception par M. Nallet de sa décoration et pour qu’il ordonne une enquête pour vérifier que les conditions de cette promotion sont réunies », a expliqué l’avocat. « Nous souhaitons qu’à l’issue de cette enquête, le décret soit modifié pour que M. Nallet ne puisse pas bénéficier de cette promotion », a-t-il ajouté.

Obtenir l’annulation de cette promotion

L’avocat prévoit parallèlement « de saisir le Conseil d’Etat pour obtenir l’annulation » de ce décret.

Me Yves Baudelot, le défenseur de Henri Nallet, qui aujourd’hui préside la Fondation Jean Jaurès, proche du PS, a mis en garde contre les amalgames.

« Les juges d’instruction ont considéré qu’il n’y avait pas matière à mettre Henri Nallet en examen. Je vois mal, dans ces conditions, ce qui peut justifier les demandes des victimes du Mediator », a-t-il déclaré sur RTL.

Utilisé par cinq millions de personnes en France, le Mediator, à l’origine de graves lésions des valves cardiaques, pourrait être responsable à long terme de 2.100 décès, selon une expertise judiciaire.