Un pédophile demande 50.000 euros au Vatican pour lui avoir «inoculé» un «virus»

JUSTICE Le 7 juillet, le tribunal d’instance de Nantua (Ain) a reconnu que cet homme avait agressé des mineurs parce qu’il avait lui-même été victime d’abus de la part d’un aumônier catholique …

Vincent Vantighem

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Les fidèles catholiques suivent sous la pluie la messe des Pâques présidée par le pape François, le 5 avril 2015 sur la Place Saint-Pierre au Vatican
Les fidèles catholiques suivent sous la pluie la messe des Pâques présidée par le pape François, le 5 avril 2015 sur la Place Saint-Pierre au Vatican — GABRIEL BOUYS AFP

Il a dû remonter à la source du mal pour avoir une chance de guérir. Un homme a obtenu, le 7 juillet, la condamnation d’un prêtre de 82 ans qui l’avait agressé sexuellement dans un collège de Bourg-en-Bresse (Ain) en 1963. Si la peine civile, prononcée par le tribunal d’instance de Nantua (Ain), est d’un euro de dommages et intérêts, elle est loin d’être «symbolique» pour lui.

« Mon client a lui-même été condamné à deux ans de prison ferme pour des attouchements sexuels sur mineurs, confie Emmanuel Ludot, son avocat. Et selon lui, il a agi de la sorte car il avait lui-même été victime de ce genre de faits durant son enfance. Cette reconnaissance par la justice va enfin lui permettre de se reconstruire…  »

Le prêtre a reconnu « des caresses et des attouchements »

C’est du reste parce que « son travail de psychothérapie se poursuit » plus de cinquante ans après et que sa guérison n’est pas «consolidée» que Jean-Claude* a pu éviter que les faits ne soient considérés comme prescrits par la justice.

Une proposition de loi pour changer la presciption en matière de viols

Et aussi parce que le prêtre de 82 ans, aumônier dans le collège à l’époque des faits, a reconnu « a minima des caresses et des attouchements » lors de son audition devant les gendarmes de Divonne-les-Bains, selon le jugement que 20 Minutes a pu consulter.

Des faits qui ont perturbé «la construction psychique» de Jean-Claude, l’ont privé de « stabilité émotionnelle » et l’ont amené à « devenir à son tour agresseur sexuel », note le rapport d’expertise psychologique.

Le Vatican devait contrôler les agissements du prêtre

Agé aujourd’hui de 64 ans, Jean-Claude ne compte pas en rester là. Sitôt le jugement rendu, son avocat, Emmanuel Ludot, a écrit au Vatican pour réclamer 50.000 euros d’indemnités au regard du préjudice moral subi par son client.

Le Vatican va juger sa première affaire de pédophilie

« Le Vatican a une vraie responsabilité, explique l’avocat. C’est l’autorité qui a nommé le prêtre, l’a contraint à l’abstinence et devait contrôler ses agissements. En conséquence, nous estimons que le Vatican lui a inoculé le virus de la pédophilie. » La Nonciature apostolique [l'Ambassade du Vatican en France] a désormais deux mois pour répondre à la demande de l’avocat. « Sinon, nous l’assignerons officiellement en justice », poursuit Emmanuel Ludot.

Quant à Jean-Claude, il va mieux et compte désormais tenter de reprendre contact avec son épouse et ses trois enfants qu’il ne voit plus depuis près de dix ans.

* Le prénom a été changé