VIDEO. Blocus de Caen: Les éleveurs refusent de lever leurs barrages malgré l'invitation de Le Foll à Paris jeudi

AGRICULTURE Ils bloquent les accès au périphérique de Caen depuis ce lundi matin pour protester contre la faiblesse des prix de la viande...

B.D. avec AFP

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Un agriculteur bloque une rute avec son tracteur, à Verson, près de Caen, le 19 juillet 2015.
Un agriculteur bloque une rute avec son tracteur, à Verson, près de Caen, le 19 juillet 2015. — AFP

Ils lui opposent une fin de non recevoir. Les dizaines d'éleveurs qui bloquent depuis ce lundi matin les accès à Caen pour protester contre la faiblesse des prix de leurs productions, refusent de lever leurs barrages et continuent de demander la venue du ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, qui a proposé de les recevoir jeudi à Paris.

«On reste sur notre position, on veut un ministre de terrain» qui réunisse tous les acteurs de la filière, producteurs, industriels des abattoirs et des laiteries et centrales d'achat des distributeurs, ont déclaré Jean-Yves Heurtin, président de la FDSEA du Calvados et Samuel Bidert, responsable des Jeunes Agriculteurs (JA). «Les réunions parisiennes qui n'aboutissent à rien, ça ne nous intéresse pas», a ajouté Jean-Yves Heurtin, tout en réclamant l'application des accords signés le 17 juin au ministère de l'Agriculture sur la revalorisation des prix de la viande bovine.

En marge d'un déplacement à Arles, Manuel Valls a jugé que «le dialogue ne peut pas fonctionner ainsi», soulignant que «la porte du bureau du ministre de l'Agriculture est ouverte en permanence». Il a rappelé la mobilisation du gouvernement sur le dossier «depuis plusieurs semaines», martelant que cette «mobilisation» a «non seulement permis d'enrayer la baisse des prix aux producteurs, (...) mais d'enclencher un mouvement de hausse, insuffisant, mais un mouvement de hausse toute de même».

«C'est dans le dialogue et dans la persuasion des acteurs, chiffres sur la table, dans la transparence, que le gouvernement peut agir. Il ne peut pas fixer lui-même de manière autoritaire un prix, et c'est pour cela, comme l'a fait déjà le président de la République, que nous demandons solennellement aux acteurs des filières respecter les engagements qui ont été pris devant le ministre en matière de hausse des prix et d'utiliser massivement les logos viande et lait de France», a ajouté le Premier ministre.

Les intermédiaires mis en cause

L'entourage de Stéphane Le Foll avait indiqué un peu plus tôt dans la matinée qu'il était prêt à recevoir les éleveurs jeudi à Paris, après qu'il aurait pris connaissance du rapport du médiateur sur les prix des productions agricoles, qui doit évaluer qui des industriels ou des distributeurs freinent les hausses de prix convenues dans la filière et qui doit lui être remis mercredi à 17h.

Le problème ces dernières semaines vient davantage des industriels qui transforment la viande que de la grande distribution, estime Jean-Yves Heurtin après des visites récentes dans les grandes surfaces. «Ils nous ont sorti les factures, les prix auxquels ils achètent la viande ont augmenté. Cela veut dire que les transformateurs leur ont vendu plus cher, mais qu'ils n'ont pas répercuté cette hausse sur les éleveurs», puisque le prix payé aux producteurs n'a que faiblement augmenté.

Une analyse partagée par le délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution, Jacques Creyssel: «Je crois que l'élevage est dans une crise forte (...) et on partage cette détresse», a-t-il dit sur Itélé, soulignant le rôle des intermédiaires «industriels, abatteurs, transformateurs». «Nous avons augmenté comme prévu les prix de 5 centimes chaque semaine, simplement visiblement ça ne redescend pas. Pourquoi ça ne redescend pas? C'est l'opération transparence que nous réclamons aujourd'hui, il faut que ce que nous avons fait se répercute sur les éleveurs.»

Des actions débutées dimanche

«Un peu plus de 100 tracteurs» bloquent toujours les accès à Caen, répartis en quatre points de blocage, et ce nombre pourrait augmenter dans la journée avec l'arrivée d'éleveurs supplémentaires, selon Jean-Yves Heurtin. Dès 6h15 ce lundi matin, à l'embranchement de l'A84 en direction de Rennes, un photographe de l'AFP avait constaté la mise en place du barrage par une vingtaine de tracteurs.

Les actions des agriculteurs du Calvados ont commencé dimanche après-midi avec des déversements de gravats et de déchets devant plusieurs cibles symboliques de la filière, comme des abattoirs et des grandes surfaces, ainsi qu'avec des opérations escargot sur les routes. Selon Jean-Yves Heurtin, entre 20 et 30 points ont été pris pour cible, les tracteurs déchargeant leur benne devant les accès. «La grande distribution a eu sa part, ainsi que les intermédiaires et les fournisseurs de la restauration, qui s'approvisionnent encore en matière étrangère.»