Comme les secteurs porcin et laitier, l'élevage bovin est en crise en France, où 10% des éleveurs pourraient bientôt déposer le bilan selon les estimations du 17 juillet 2015 du ministère de l'Agriculture. secteurs bovins, porcins et
Comme les secteurs porcin et laitier, l'élevage bovin est en crise en France, où 10% des éleveurs pourraient bientôt déposer le bilan selon les estimations du 17 juillet 2015 du ministère de l'Agriculture. secteurs bovins, porcins et — GILE MICHEL/SIPA

CRISE

Prix de la viande: Hollande lance «un appel à la grande distribution» et aux Français

Le président demande aux Français d'aider la production locale en payant un peu plus chère leur viande...

François Hollande a lancé samedi «un appel à la grande distribution» pour améliorer la rémunération des éleveurs, dont certains sont dans une situation difficile en raison des cours actuels de la viande de porc et de boeuf, inférieurs aux coûts de production. 

Le chef de l'État a demandé aux enseignes des grandes surfaces, qui représentent près de 80% des achats de viande en France, d'augmenter leurs prix pour soutenir les éleveurs en détresse : «Les agriculteurs ne peuvent pas vivre que des aides, il doit y avoir des prix pour les rémunérer», a expliqué  François Hollande lors d'un déplacement en Lozère.

La grande distribution accuse les industriels

«Je lance encore un appel à cette grande distribution pour qu'elle offre aux consommateurs la qualité et aux agriculteurs un prix» a dit le président de la République rappelant les engagements souscrits le 17 juin lors d'une table-ronde autour du ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll.

Ainsi interpellée, la grande distribution s'est défendue en arguant qu'elle appliquait les hausses convenues lors de la réunion au ministère mais qu'elle ne se fournissait pas auprès des agriculteurs, seulement auprès des industriels, mettant ces derniers directement en cause. «Les hausses de prix doivent être intégralement répercutées aux producteurs en difficulté, ce qui ne semble, hélas, pas être toujours le cas» a insisté la Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD, qui regroupe les principaux acteurs de la grande distribution sauf Leclerc et Intermarché).

Auparavant, le patron du groupe Système U Serge Papin (membre de la FCD) avait appelé à «un plan de sauvegarde de l'agriculture française» face aux distorsions de concurrence avec les voisins allemands, qu'il accuse de pratiquer du «dumping social» dans les ateliers d'abattage et de transformation.

Appel au patriotisme du consommateur

Le président a incité «les consommateurs à faire aussi un effort» face à la gravité de la crise et «à manger autant qu'il est possible les produits de l'élevage français». Quitte à payer quelques centimes de plus pour leur steak ou leur jambon.

L'intervention présidentielle est «une bonne nouvelle», glisse en revanche à l'AFP Jean-Pierre Fleury, président de la fédération nationale bovine (FNB) qui représente les éleveurs : «Ce pays est incapable de conduire des relations commerciales dans le respect mutuel des partenaires !» s'insurge-t-il. «La grande distribution a joué le jeu extrêmement dangereux des prix bas, les industriels s'y sont pliés et aujourd'hui, c'est la catastrophe».

Alors que la réunion de la filière - éleveurs, industriels abatteurs/transformateurs et distributeurs - s'était conclue sur l'engagement à revaloriser les prix d'achats de la viande bovine de 5 centimes par semaine, le compte n'y est pas comme l'admet Stéphane Le Foll: à peine 7 centimes ont été gagnés en un mois. Et pour le porc, l'objectif non plus n'est pas atteint en dépit d'une petite hausse.

Des viandes venues de «nulle part»

«Il est grand temps que le président s'empare du sujet» a cependant estimé Stéphane Dornier, secrétaire général du syndicat des Jeunes agriculteurs (JA), proche de la FNSEA. «On nous dit qu'on crie tout le temps au loup, mais ça fait un an qu'on alerte et qu'il ne se passe rien».

Les JA se battent depuis le printemps contre ces «viandes de nulle part» dans les supermarchés. ils se sont même mobilisés sur le Tour de France, ciblant le charcutier Cochonou et l'enseigne Carrefour, qui ont dû renoncer à leur place dans la caravane.  «Impossible de savoir d'où vient la viande. Pourquoi le gouvernement ne s'empare-t-il pas du sujet ?» demande le jeune éleveur.