Projet d'attentat au Fort Béar: L’armée de l’ombre qui protège les militaires français d’un attentat

FAITS DIVERS Un service de surveillance œuvre secrètement pour prévenir les ingérences extérieures…

William Molinié

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Illustration armée française: Un militaire de la Légion étrangère.
Illustration armée française: Un militaire de la Légion étrangère. — NICOLAS JOSE/SIPA

Des militaires ou ex-soldats français qui s’engagent dans le djihad… Le projet d’attentat du sémaphore de Béar de Port-Vendrès, démasqué par les services antiterroristes cette semaine, a été fomenté par un ancien militaire réformé pour troubles psychologiques. Djebril A., 23 ans, connaissant parfaitement le site puisqu’il y était affecté, a défini un passage à l’acte de nuit, plutôt fin décembre-début janvier, la base étant moins surveillée à cette période de l’année.

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Le jeune homme, au casier judiciaire vide, est-il un cas isolé au sein de l’armée ? « C’est une extrême minorité », soutient-on à la délégation à l’information et à la communication de la défense (DICoD). Une petite dizaine, à peine, communique-t-on officiellement. S’il est évidemment difficile de connaître la réalité de ce phénomène, l’armée semble bien en peine de cacher son embarras sur ce sujet. « Nous n’en parlons pas. C’est tabou car éminemment sensible», confie un communiquant de la « grande muette ».

Un secret absolu

Une armée de l’ombre, forte de 1.100 hommes, œuvre très secrètement à la « contre-ingérence défense ». La direction de la protection et de la sécurité de la Défense (DPSD), un des six services clés du renseignement français, collecte les informations destinées à garantir les intérêts tricolores. Ces agents sont censés prévenir et débusquer les tentatives d’infiltration, la radicalisation de soldats français ainsi que toutes sortes de menaces pesant sur le ministère de la Défense.

Dotée d’un budget de 93 millions d’euros annuels, la DPSD cultive un secret absolu sur ses activités. « Les djihadistes savent qu’on ausculte leurs agissements. Après les attentats de janvier, les médias ont beaucoup parlé du renseignement. Subitement, les terroristes se sont tus, ils sont devenus muets », a raconté un des chefs de la DPSD au Parisien en février dernier.

Pas d’anciens tireurs d’élite

Ecoutes, surveillances informatiques, filatures… Les agents de ce service usent des méthodes traditionnelles du renseignement pour débusquer les brebis galeuses de l’armée. Mais ils peuvent aussi être envoyés sur le terrain, en sous-marin, voire infiltrés au sein de populations ennemies. Outre la protection des personnes et du matériel de la Défense, cette armée secrète assure la protection de l’industrie militaire française contre les vols de données.

Entendu le 25 mars dernier par les députés de la commission de la défense, le patron de la DPSD, le général Jean-François Hogard, indiquait que les quelques anciens militaires partis dans les filières djihadistes « n’ont bien souvent passé que quelques semaines dans l’Institution et ont été remerciés pour cause d’instabilité ou d’inadaptation à la vie militaire ». Aucun, assurait-il, n’avait reçu de formation pointue comme celle d’artificier ou de tireur d’élite, par exemple.