Wagons enchevétrés après le déraillement du Paris-Limoges, le 14 juillet 2013 en gare de Brétigny-sur-Orge
Wagons enchevétrés après le déraillement du Paris-Limoges, le 14 juillet 2013 en gare de Brétigny-sur-Orge — AFP

COMMEMORATION

Drame de Brétigny-sur-Orge: «Aujourd'hui encore, prendre le train, c'est l'horreur»

Deux ans après l'accident, une cérémonie a eu lieu ce dimanche pour rendre hommage aux victimes...

Une éclisse défectueuse, quatre boulons qui sautent et un train qui déraille. Bilan : sept morts, des dizaines de blessés et d’innombrables traumatisés. Deux ans jour pour jour après la catastrophe ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, un hommage a été rendu ce dimanche après-midi dans cette commune de l’Essonne. Christiane Taubira, la garde des Sceaux, et Alain Vidalies, le secrétaire d’Etat aux Transports, ont déposé une gerbe de fleurs à la gare. Puis les habitants ont entamé une marche dans la ville.

Jean Champagne est l’une des victimes de la catastrophe. Présent dans l’avant-dernier wagon du train, il n’a subi que quelques contusions. « Je m’en suis pas trop mal sorti, souffle-t-il. D’autres ont bien plus souffert. » L’homme de 57 ans, travaille à Paris pour une filiale de l’Oréal, mais sa maison est en Dordogne. Il fait l’aller-retour tous les week-ends en train, en passant par Limoges, et donc par Brétigny.

« Je sens quand le train tangue »

« Ce vendredi-là, j’étais parti plus tôt pour faire plaisir à ma femme », se remémore-t-il. De l’accident, il se souvient surtout de l’après, des flics déployés un peu partout et de l’état d’hébétude dans lequel il en était sorti. « On se demande si on est bien dans le réel. Tout ce désordre… » La voix de Jean Champagne s’éloigne.

« La première fois que j’ai remis les pieds dans un train, quinze jours plus tard, c’était terrible, explique-t-il, dans le vague. Aujourd’hui encore, ça peut être l’horreur. » Il récite, se projette dans un de ses trop nombreux voyages : « Je guette les bruits du train. Je connais l’emplacement des passages à niveau et je me cramponne. Je sens quand le train se penche d’une certaine manière. Quand il tangue. » Il marque une pause. « Le pire, c’est quand il ralentit au niveau de Brétigny. » Sa voix se fait de plus en plus faible.

« Je veux oublier cette histoire »

En veut-il à quelqu’un ? « L’enquête est encore en cours », avance-t-il, l’air dépité (lire encadré). « On ne saura jamais en fait. Ça traîne énormément. Il y a des enquêtes, des contre-enquêtes… » Cet après-midi, il a préféré rester avec ses proches pour fêter les quarante ans de mariage d’un couple d’amis. Pas question pour lui d’assister à cette cérémonie. Trop de mauvais souvenirs. « Je veux oublier cette histoire. J’ai besoin de passer à autre chose », soupire-t-il. Sa voix s’éteint.

Dans cette affaire, la SNCF et Réseau ferré de France (RFF) sont mis en examen pour homicides involontaires. Plusieurs rapports accablent la SNCF et son entretien du réseau, mais celle-ci les conteste et a demandé un complément d’expertise.

Pour traiter ce dossier, et à la suite d’une réclamation des magistrats instructeurs travaillant actuellement sur l’accident, un juge d’instruction supplémentaire va être nommé à Evry. Il devrait arriver en septembre et pallier au départ d’un autre.