Camps de migrants à Paris: La crise dure depuis plus d'un mois

MIGRANTS Une nouvelle évacuation des migrants rassemblés à la Halle Pajol (Paris 18e) a eu lieu jeudi…

Helene Sergent

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Demonstration in support of refugees at la Halle Pajol in Paris, FRANCE - 02/07/2015/BOHACYANN_0801703/Credit:YANN BOHAC/SIPA/1507030820
Demonstration in support of refugees at la Halle Pajol in Paris, FRANCE - 02/07/2015/BOHACYANN_0801703/Credit:YANN BOHAC/SIPA/1507030820 — SIPA

Il y a un mois, presque jour pour jour, élus et militants formaient un cordon autour d’une cinquantaine de migrants réfugiés aux abords de la Halle Pajol, située dans le 18e arrondissement de Paris. L’évacuation musclée a laissé des traces chez les bénévoles associatifs : « On ne sait pas ce qu’il s’est passé ce jour-là, qui a coordonné l’opération », s’interroge encore Aurélie Radisson, directrice adjointe du Centre d’entraide pour les demandeurs d’asile et les réfugiés (Cèdre). Jeudi, une seconde évacuation s’est déroulée au même endroit, dans un climat légèrement moins tendu. Si les militants et les élus saluent l’engagement des autorités et l’implication de la mairie de Paris, les solutions d’hébergement restent insuffisantes pour répondre aux besoins des migrants qui continuent d’arriver d’Italie, de Grèce ou de Calais. 20 Minutes dresse le bilan de ce mois de crise.

La Chapelle, prémices de la mobilisation - 2 juin

Sous le métro aérien de la ligne 2 à quelques pas du métro La Chapelle, près de 350 migrants, érythréens, soudanais et éthiopiens pour la plupart, ont été évacués lors d’une opération policière importante qui s’est déroulée dans un calme relatif. « Les pouvoirs publics – et la Mairie de Paris – voulaient résorber un campement où les conditions sanitaires étaient déplorables et éviter que se développe en plein Paris, et en un même lieu, une concentration d’exilés comme à Calais », expliquait Laurent Giovannoni, responsable du département étranger du Secours catholique. A l’époque, Pierre Henry, directeur général de France Terre D'asile, précisait à 20 Minutes : « L’évacuation a permis de trouver un logement durable à près de 270 migrants. Sur les 80 personnes qui se retrouvent aussi à la Halle Pajol, on trouve des migrants qui n’étaient pas sur Paris le 3 juin, lors de l’évacuation du camp et qui n’ont donc pas pu être inscrits sur la liste des personnes à prendre en charge. »

Pajol I : la crispation - 8 juin

Ce sont principalement ces « oubliés » qui se sont installés devant la Halle Pajol. Epaulés par une poignée de militants qui distribuent nourriture et couverture et par des riverains solidaires, les migrants sont emmenés de force, le lundi 8 juin, en milieu d’après-midi par les CRS. Les élus locaux, prévenus par le réseau associatif s’opposent à la démonstration de force. La situation dégénère, les policiers chargent la foule et dispersent les manifestants avec des gaz lacrymogènes. Les images, relayées par de nombreux médias, choquent l’aile gauche de l’échiquier politique et l’opinion publique. Au total, près de 84 personnes sont interpellées par les forces de l’ordre et sont emmenées, en bus, dans un commissariat du XVIIIe arrondissement.

 

L’alternative du Bois Dormoy - 11 juin

Sollicitée par les militants, l’Association du Bois Dormoy accepte d’ouvrir en urgence les portes de son jardin collaboratif pour accueillir les migrants qui n’ont pas pu être relogés après l’évacuation de Pajol. Mais la situation se complique, quelque 200 migrants se réfugient entre les arbres de l’espace vert. Les conditions sont une fois encore insalubres et les dirigeants de l’association annoncent que les portes du Bois fermeront définitivement le 11 juin. L’errance se poursuit, direction le jardin d’Eole.

Au Jardin d’Eole, l’apaisement - 19 juin

Il faut attendre près d’une semaine pour qu’intervienne une évacuation sereine. Le 19 juin, les pouvoirs publics commencent à s’organiser. Pour la première fois Pascal Brice, directeur de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) présente directement les solutions d’hébergement aux migrants présents. Accompagnés d’agents de l’Ofpra, de traducteurs, d’élus et de membres de France Terre d'Asile, les migrants engagent des négociations avec les autorités.

Pajol II : retour à la case départ - 9 juillet

Depuis l’intervention à Eole, les choses se sont « posées », analyse Gérald Briant, élu PCF du 18e. Dans un communiqué publié jeudi 9 juillet, la préfecture de Paris affirme que « depuis le 2 juin, ce sont 1 020 personnes qui se sont vu proposer des solutions d’hébergement au titre de la demande d’asile ». Plusieurs établissements d’accueil d’urgence ont élargi leurs dispositifs à la demande de la Mairie et de la préfecture. Mais près de 200 personnes se trouvaient toujours devant la Halle Pajol avant d’être, de nouveau évacuées.

Confusion au square Jessaint

Situé dans le même secteur que la Halle Pajol et le quartier La Chapelle, le square Jessaint suscite une gêne auprès des associations. Derrière les grilles fermées du site, entre 40 et 60 Erythréens, Soudanais et Ethiopiens se sont installés. Des bénévoles de Médecins du monde se relaient chaque jour et organisent des rondes. Mais le lieu reste particulièrement isolé, explique Gérald Briant : « La situation au square Jessaint est compliquée. Il y a du deal, de la violence, ça crée des problématiques de sécurités pour les militants que nous ne connaissons pas ailleurs et ça ralentit l’action des pouvoirs publics. »

L’attente, Quai d’Austerlitz

Moins visible que le camp de La Chapelle, le camp situé à quelques pas de la gare d’Austerlitz sur les quais s’est pourtant constitué au même moment. A l’été 2014, seules quelques tentes sont disposées le long de la Seine. Aurélie Radisson, du Secours catholique, raconte : « En réalité, le camp se divise en trois parties. Il y a des demandeurs d’asile, des sans-papiers, des sans domicile fixe français. On ne sait pas combien de personnes il y a exactement, ce n’est pas notre rôle de les comptabiliser, mais le camp est probablement aussi important que celui de La Chapelle. La situation sanitaire n’est pas dramatique, en revanche, psychologiquement, les gens sont à bout ». Discrets, les acteurs locaux se sont organisés pour venir en aide aux migrants. Parmi les élus de Paris, on murmure qu’une évacuation devrait avoir lieu avant la fin du mois de juillet et on espère que les autorités ont tiré les leçons de la première évacuation de Pajol.