Harcèlement sexuel : Le journal «La Nouvelle République du Centre» condamné

JUSTICE C'est la première fois qu'un journal est condamné pour harcèlement sexuel «environnemental»...

20 Minutes avec agence

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Illustration d'un Conseil des Prud'hommes.
Illustration d'un Conseil des Prud'hommes. — F. DURAND/SIPA

C’est une décision judiciaire inédite. Le quotidien Nouvelle République du Centre vient d’être condamné pour harcèlement sexuel dit « environnemental » le 1er juillet par le Conseil des prud’hommes de Tours. Il est reproché au journal d’Indre-et-Loire d’avoir laissé se développer « une ambiance misogyne et sexiste au sein de sa rédaction », selon un communiqué publié, ce mercredi, par l’Association européenne contre les violences faites aux femmes (AVFT).

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On lui reproche « de manquer d’humour »

Le journal doit ainsi verser 16 mois de salaire à la plaignante, Madame G., et 10.000 euros de dommages et intérêts pour « harcèlement moral et sexuel ». « On n’a jamais vu de jugement de conseil de prud’hommes ou de Cour d’appel s’autorisant à définir le harcèlement sexuel de cette manière-là », c’est-à-dire sans que la salariée ne soit directement la cible des agissements, analyse Marilyn Baldeck, déléguée générale de l’AVFT.

L’affaire remonte à 2012. Cette année-là, une ancienne salariée du journal, licenciée depuis pour « inaptitude » mais travaillant dans le journal depuis 1989, signale à sa hiérarchie les comportements déplacés de trois de ses collègues masculins du service des sports. La même année, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, elle affiche dans la rédaction une campagne contre le harcèlement sexuel, arrachée par les principaux concernés qui lui reprochent « de manquer d’humour, et de ne pas comprendre que les gens ont besoin de se lâcher ».

« Petite bite », « chaudasses » et vidéos à caractère sexuel

Que ne comprend-elle donc pas ? Que ses collègues se surnomment « petite bite » ou « mes couilles » et simulent « bruyamment » des actes sexuels. Que certains confrères ou consœurs sont traités de « chaudasses » ou de « salopes ». Que « des photos légendées, détournées de leur contexte et ayant un caractère sexuel ou obscène sont également affichées au sein de la rédaction sportive », souligne le communiqué de l’AVFT.

Quand une collaboratrice sollicite son avis à propos de vidéos à caractère sexiste et/ou sexuel reçues par mail du directeur et du service sport et présentées comme « drôles », Madame G., n’ayant reçu aucun soutien de sa hiérarchie, saisit alors Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail.

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Une expertise confiée à un cabinet privé

Le CHSCT confie, alors, une expertise à un cabinet privé. Le couperet tombe. Le cabinet estime que « la gravité de la situation est largement sous estimée par les personnes dont la mission est pourtant de prévenir les risques professionnels quels qu’ils soient ». Il constate également que l’employeur n’a mené aucune enquête sur les agissements.

Portée par l’AVFT et Madame G., dont le combat lui aurait coûté sa place, l’affaire atterrit aux Prud’hommes. S’appuyant sur les nouvelles dispositions du Code du travail et du Code pénal à propos du harcèlement moral et sexuel au travail, l’institution a permis à Madame G. d’obtenir gain de cause ce 1er juillet.