«Tourisme sexuel»: La difficile traque des pédophiles français à l’étranger

FAITS DIVERS Une quinzaine d’enquêtes sont ouvertes chaque année mais les faits sont plus nombreux…

William Molinié

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Affiche d'Ecpat sur le tourisme sexuel d'enfants.
Affiche d'Ecpat sur le tourisme sexuel d'enfants. — 20 Minutes

Le chirurgien était parti travailler à Hanoï pour y trouver de « la chair fraîche ». Ce ressortissant français, récemment mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur des mineurs vietnamiens, était en possession de photographies et de vidéos se mettant en scène avec des enfants. C’est grâce aux témoignages de neuf d’entre eux que les enquêteurs ont pu présenter cet homme à la justice.

Une campagne pour que les touristes signalent les « situations douteuses »

Les abus sexuels sur mineurs commis par des Occidentaux à l’étranger font rarement l’objet de poursuites. Selon nos informations, seules une quinzaine d’affaires sont chaque année ouvertes pour ce type de faits par l’Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), le service d’enquête spécialisé et de référence en France. « Nous sommes évidemment tributaires de la qualité du signalement », reconnaît auprès de 20 Minutes Mathilde Cerf, commissaire de police à l’OCRVP.

Enquêtes longues et minutieuses

Les plateformes sont trop peu connues du grand public. Celle lancée par le réseau international d’ONG Ecpat, affiche des résultats, somme toute, modestes malgré les efforts de visibilité, comme sa campagne d’affichage lancée à l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle à partir de lundi. « Les gens en vacances y sont pour les loisirs. Ils évitent ce type d’histoire », explique-t-on à Ecpat. « C’est vrai que des gens peuvent hésiter parce qu’ils pensent que c’est de la délation. Mais ce sont des faits très graves », poursuit la commissaire.

Lorsqu’une enquête démarre, des policiers sont amenés à se rendre sur les lieux de l’infraction, faire des enquêtes de voisinage, interroger l’hôtelier… « Ce sont des enquêtes longues et minutieuses. Il ne faut pas se tromper et mettre en cause un innocent pour qui une erreur aurait de très lourdes conséquences. Prendre son temps, vérifier, contre-vérifier… », énumère Emmanuel Daoud, avocat parisien, en charge de quatre dossiers de ce type du côté des parties civiles. Les lenteurs proviennent parfois aussi de la police du pays qui peut fermer les yeux ou des touristes qui bénéficient de complicités locales.

Compétence universelle

Le sentiment d’impunité que peuvent éprouver les abuseurs d’enfants dans ces pays pauvres (Asie du Sud-Est, Madagascar, Inde, Népal, Brésil, Mozambique, Kenya…) n’est heureusement que temporaire. La législation permet à la France de les poursuivre à leur retour comme s’ils avaient commis ces faits sur le territoire hexagonal. Et donc d’appliquer les peines prévues par le code pénal français. Encore faut-il, pour cela, que les signalements de ces faits remontent jusque dans les tuyaux des policiers.

« Il y a un consensus sur tout ce qui touche aux mineurs et une parfaite prise en compte de ce type de dossiers », assure Mathilde Cerf, la policière spécialisée. Mais parfois, certains magistrats de province, « n’ont pas le même niveau d’écoute que les policiers pour prioriser ce type de dossiers », selon Me Daoud. Des affaires qui mettent du temps à aboutir car les enfants victimes, très souvent exploités par des réseaux criminels, ont généralement disparu de la circulation. D’où l’importance de signaler ces faits le plus rapidement possible.