Harcèlement dans les transports: «Dorénavant, il n’y aura plus de tolérance, plus d’indifférence, plus d’yeux fermés»

VOUS INTERVIEWEZ Pascale Boistard, la secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, était jeudi l’invitée de « 20 Minutes » pour répondre aux questions des internautes sur son plan de lutte contre le harcèlement dans les transports…

Charlotte Murat

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La secrétaire d'Etat aux Droits des femmes, Pascale Boistard, en chat chez « 20 Minutes », le 9 juillet 2015.

La secrétaire d'Etat aux Droits des femmes, Pascale Boistard, en chat chez « 20 Minutes », le 9 juillet 2015.
 — Charlotte Gonthier/20 Minutes

Le chat est à présent terminé.

Le mot de la fin.

Si l’espace public est confisqué par certains, il est plus que temps de le reconquérir. Dorénavant, il n’y aura plus de tolérance, plus d’indifférence, plus d’yeux fermés. Nous serons, ensemble, solidaires pour un meilleur partage de l’espace commun. Je vous invite toutes et tous à prendre connaissance de ce plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles dans les transports sur femmes.gouv.fr et vous pouvez continuer à dialoguer avec moi sur Twitter (@pascaleboistard). Merci pour toutes vos questions ! :)

 

Sony : Bonjour. La mesure ne semble concerner que les femmes. Que faites-vous des messieurs qui se retrouvent à 23h dans les transports et qui se sentent eux aussi des victimes potentielles, mais de violence ?

Vous avez raison, les hommes aussi ont le droit d’être en sécurité dans les transports. Les femmes sont les premières utilisatrices de ce type de déplacement et sont les premières victimes d’agressions, la plupart du temps sexuelles. La mise en place de marches participatives de femmes pour améliorer les lieux tels que les gares et les stations (meilleurs éclairages, propreté…) bénéficiera aussi à l’ensemble des voyageurs. L’expérimentation qui va être menée à Nantes dans les bus sera aussi au bénéfice des hommes. Il s’agit, à partir d’une certaine heure, de pouvoir demander à arrêter le bus au plus près de chez soi, entre deux arrêts.

 

Catcat : D’après moi, beaucoup d’incivilités sont commises par des hommes sans titre de transport et certains zonent toute la journée dans les trains et les gares. Ne serait-il pas plus simple et moins onéreux de renforcer les contrôles ?

Les contrôles sont déjà très présents dans les métros, les gares, les autobus. D’ailleurs, de nouvelles brigades en civil font ce travail chez certains transporteurs. La présence d’agents de sécurité dans les gares et les stations est indispensable. Tous les dispositifs tels que la vidéosurveillance contribuent à rendre l’espace plus sécurisé.

 

SuperLolotte : Pensez-vous que des wagons réservés aux femmes seraient utiles ? Cela se fait beaucoup à l’étranger.

Effectivement, quelques pays ont pris le parti de séparer les femmes et les hommes dans les transports ou dans d’autres lieux. Le gouvernement français considère que ce n’est pas une bonne solution et qui ne règle en aucune façon le problème de la violence. Nous voulons une société mixte où chacun et chacune est respecté. Chaque individu a le droit d’être où il veut, quand il le veut. C’est une liberté fondamentale qui doit être préservée par la sécurité de chacun(e).

 

Slad : Lorsque nous sommes témoins d’une agression dont la gravité ne semble pas mettre en danger l’intégrité physique de la victime, quel est le comportement à adopter ?

Au vu de la situation, il est possible de s’interposer, d’alerter. C’est un acte citoyen indispensable. Prendre soin les uns des autres, c’est participer à une société moins violente, plus respectueuse des personnes humaines.

 

Capucine : Que pensez-vous du fait que lorsque vous allez porter plainte, certains vous répondent que c’est de votre faute, que vous êtes habillée comme une aguicheuse ?

Je considère que ce type de réponse est inacceptable. La formation des personnels doit contribuer à éviter ce type de propos, qui, aujourd’hui, sont très minoritaires, il faut le préciser. L’ensemble des forces de police et de gendarmerie, les agents de sécurité des transporteurs sont aujourd’hui pleinement mobilisés pour accompagner les femmes victimes de violences.

 

Marjorie : Bonjour. Plutôt que de mettre en place des mesures pour protéger les femmes, pourquoi ne pas vous intéresser d’abord aux harceleurs et à comment les empêcher d’agir ? Histoire d’éviter le syndrome du « T’avais qu’à pas mettre une jupe » ?

Dans ce dispositif, il est aussi prévu un volet prévention qui concerne la lutte contre les stéréotypes et les messages sexistes. Dès l’école, le respect entre filles et garçons doit être transmis, c’est une base essentielle pour vivre ensemble. Les espaces publicitaires présents dans les transports ne devront plus véhiculer de messages sexistes.

 

Olympe : Bravo pour cette initiative indispensable. Allez-vous également traiter le harcèlement de rue, encore plus fréquent et banalisé ?

Merci Olympe. Nous avons commencé à travailler sur cette question qui concerne un espace beaucoup plus vaste et sur les mêmes principes. Je souhaite que nous puissions assez rapidement trouver des dispositifs complémentaires à ceux présentés aujourd’hui afin de permettre à toutes les femmes d’être là où elles veulent quand elles le veulent. Pouvoir s’approprier l’espace public est une liberté fondamentale.

 

Selma : En quoi l’existence de numéros d’urgence peut-elle dissuader mon harceleur ? Le temps que l’on me localise et que l’on vienne m’aider, j’ai bien peur qu’il soit déjà parti. Et dans certains transports, il n’y a pas de réseau téléphonique…

Les numéros d’urgence permettent de mobiliser les agents de sécurité, ce qui leur permet d’intervenir ou d’accompagner la victime. Le système SMS, prévu à l’automne prochain par la SNCF, permettra aux témoins de ces agressions de pouvoir alerter tout en préservant leur propre sécurité. La campagne de communication qui sera lancée à l’automne de cette année aura aussi pour vocation de mobiliser toute la société contre ce type de phénomènes. Chacun peut faire quelque chose et se doit de faire quelque chose face à de telles situations.

 

Maflobu : Du point de vue de la loi, est-il possible de faire quelque chose pour dénoncer et contrer le harcèlement de rue ? Les harceleurs sont des inconnus. Alors que faire, à part se taire et baisser les yeux pour ne pas se faire agresser physiquement ? Porter plainte, déposer une main courante, mais contre qui ? Il y a là un véritable vide juridique.

Face à une agression, il ne faut jamais hésiter à déposer plainte, même contre X, car ces auteurs sont en général récidivistes et opèrent souvent dans le même environnement. Porter plainte, c’est ouvrir une enquête et permettre à terme l’arrestation et la condamnation des auteurs. La loi en France est très précise sur l’ensemble des actes de harcèlement sexistes et violences sexuelles. De lourdes amendes sont prévues, ainsi que des peines de prison. Ces actes relèvent pleinement des agressions sexuelles.

 

Lola : Pourquoi ne pas installer des caméras ou des agents de sécurité dans chaque transport ? Cela créerait des emplois et éviterait bien des drames.

70.000 caméras de surveillance sont déjà présentes sur les réseaux SNCF et RATP, plus de 6.000 agents des transporteurs et de police sont dédiés à la lutte contre les violences dans les transports et une brigade spécifique a été mise en place en Ile-de-France pour lutter contre les infractions à caractère sexuel. Une formation des agents va être mise en place pour améliorer encore la prise en charge des victimes.

 

Amandine : Bonjour. J’ai été plusieurs fois victime de harcèlement dans les transports et à chaque fois, personne n’a réagi autour de moi ! Y a-t-il quelque chose de prévu à ce sujet ?

Bien sûr. Nous souhaitons renforcer les systèmes d’alertes (le 3117 pour la SNCF, le 3246 pour la RATP). A l’automne 2015, un système d’alertes par SMS sera mis en place à la SNCF. Et il ne faut surtout jamais hésiter à signaler ces faits auprès des forces de sécurité des transporteurs ou des forces de police. A l’automne 2015, une grande campagne de communication donnera l’ensemble de ces informations sur ces différents dispositifs.

 

Chloe : Qu’est-ce qui peut pousser un homme à harceler une inconnue ? Y a-t-il un facteur social ou culturel qui prédispose un homme à harceler sexuellement une femme ?

Non. Il n’existe rien de naturel en ce type d’actes ou de propos. D’ailleurs, tous les hommes ne sont pas des harceleurs. Quelques-uns sont concernés et leurs actes peuvent être durement condamnés par la loi, jusqu’à 6 mois d’emprisonnement. Il n’existe pas de milieux sociaux exempts de ce type de comportements.

 

78ALAIN : Bonjour. Quand commence la notion de harcèlement ? Regard trop appuyé, sourire, invitation… ?

Quand l’autre n’est pas d’accord sur les propos tenus, voire les gestes.

 

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Présentation du chat

En avril, un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE/fh) révélait que 100 % des utilisatrices de transports en commun avaient été victimes, au moins une fois dans leur vie, d’une forme de harcèlement sexuel.

Pascale Boistard, la secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, a dévoilé jeudi matin son plan pour lutter contre le harcèlement dans les transports en commun. Elle était dans l'après-midi l'invitée de « 20 Minutes » pour répondre aux questions des internautes.