Qui se cache derrière Maître Eolas, l'avocat star sur Twitter?

JUSTICE Pédagogue et cinglant, l’avocat au barreau de Paris âgé d’une quarantaine d’années suscite l’admiration et parfois l’exaspération de ses lecteurs et collègues...

Hélène Sergent

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Compte Twitter de Maître Eolas.
Compte Twitter de Maître Eolas. — TWITTER

Passer incognito à son propre procès, c’est le défi que va tenter de relever, mardi au tribunal correctionnel de Nanterre, l’avocat-star du réseau social Twitter, Maître Eolas.

Pas de « pub clandestine »

Depuis dix ans, son blog, Journal d’un avocat, s’est imposé comme référence en matière de décryptage judiciaire. Poursuivi pour injure et diffamation par l’Institut pour la justice (IPJ), association marquée à droite, l’avocat cultive son anonymat depuis son arrivée sur la toile en 2004. Invité régulièrement par le journaliste Daniel Schneiderman à débattre sur le site Arrêt sur images, il tient chaque fois à être flouté. Sur son blog, le juriste justifie sa démarche en expliquant que son « but n’est pas de pêcher des clients sur l’internet » ou de se faire « de la pub clandestine ».

Pédagogue et cinglant, l’avocat au barreau de Paris âgé d’une quarantaine d’années suscite l’admiration et parfois l’exaspération de ses lecteurs et collègues. « Je connais son site évidemment, mais je ne le lis pas », confie l’ex juge d’instruction Philippe Bilger. « Eolas est un précurseur de la narration judiciaire, c’est l’un des premiers professionnels de la justice à partager avec les internautes ses anecdotes et les coulisses des palais de Justice, analyse Me Jean-Yves Moyart chargé de défendre le blogueur, même si parfois il dit des bêtises, c’est un fin juriste ».

Un «droit de l’Hommiste»?

Une précision et une accessibilité qui séduisent sur Twitter. Sept ans après son inscription sur le réseau social, Eolas compte plus de 170.000 abonnés et presque autant de messages postés. Ce passionné de rugby - plus d’une trentaine de ses billets sont dédiés à l’ovalie - participe, selon son entourage, à réhabiliter l’image des pénalistes auprès du grand public : « les internautes ont pris conscience qu’on ne pouvait réduire la profession au seul stéréotype de l’avocat corrompu à grosses bagouzes ». Une influence qui le pousse jusqu’aux portes de l’Elysée puisqu’en 2010 il est invité par Nicolas Sarkozy à débattre de la protection juridique des oeuvres diffusées sur Internet.

Qualifié par ses détracteurs de « droit de l’Hommiste », et accusé d’être trop proche de la gauche, l’avocat se défend de tout militantisme. « C’est un fou de l’Europe qui intervient beaucoup sur le droit des étrangers. Il a une sensibilité mais il est capable, comme un éditorialiste, d’argumenter », assure Jean-Yves Moyart. L’audience de ce mardi sera une nouvelle occasion de le prouver.