UberPOP suspendu: Tout comprendre à la décision d'Uber

GREVE DES TAXIS Mais que vont devenir les conducteurs?...

Claire Chédeville
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L'application mobile UberPOP sur un smartphone à Paris, le 17 juin 2015
L'application mobile UberPOP sur un smartphone à Paris, le 17 juin 2015 — Thomas Oliva AFP

Uber jette l’éponge. La société américaine de VTC a annoncé vendredi qu’elle suspendait en France son service controversé UberPOP, qui a valu à deux de ses dirigeants un renvoi en correctionnelle dans la foulée d’un mouvement de colère des taxis. 20 Minutes revient sur les enjeux de ce conflit.

Que reprochaient les taxis à l’application UberPOP ? 

UberPop est un service de transport entre particuliers imaginé par le groupe américain Uber depuis son application pour téléphone mobile. A l’origine, cette application très populaire qui a tué le monopole des taxis mettait seulement en relation les passagers avec des VTC (voitures de transport avec chauffeur) qui sont eux des professionnels. Uber revendique en France un million d'« utilisateurs réguliers » de son application, dont 400.000 qui recourent à UberPOP. C’est ce service à prix cassés, lancé en 2014 en France, qui est dans le viseur des autorités et essuie les critiques virulentes à la fois des VTC et des taxis. Car les chauffeurs d’UberPOP sont des particuliers qui ne paient ni cotisations sociales ni impôts. Ils n’ont pas non plus suivi les 250 heures de formation nécessaires pour obtenir un agrément VTC et ne sont pas assurés professionnellement.

Pourquoi Uber a décidé de suspendre son application?

Suite aux nombreuses violences des chauffeurs de taxi contre les chauffeurs UberPOP, Thibaut Symphal, directeur général d’Uber France a décidé de suspendre l’application dès 20 heures ce vendredi 3 juillet. Il témoigne dans une interview au Monde, vouloir préserver la sécurité des chauffeurs et entrer dans une politique d’apaisement. Le géant mondial s’en remet à la décision du Conseil constitutionnel attendu d’ici septembre. Ce dernier a contesté devant les Sages l’interdiction de l’utilisation d’UberPOP prévue par la loi Thévenoud.

Uber annonce la suspension d’UberPOP France

Que vont devenir les chauffeurs d'UberPOP?

«UberPOP a été une source de revenus importante pour plus de 10.000 conducteurs», selon Uber qui a évoqué la possibilité d'en reconvertir certains en chauffeurs VTC. Cela nécessite une formation de 250 heures, une licence délivrée par les autorités et une voiture répondant à des normes strictes d'âge et de taille. Certains conducteurs pourraient aussi aller voir du côté des applications similaires comme Heetch et Djump.

Suspension d'UberPOP en France: «J’ai appris cette décision en même temps que tout le monde, par un mail de la direction d’Uber», témoigne un chauffeur

Comment ont réagi les chauffeurs de taxi à cette annonce ? 

Pas de hurlements de joie du côté des taxis. « L’annonce est satisfaisante en soi, néanmoins on reste très vigilants et très méfiants. Uber est coutumier de manœuvres de ce genre et ils sont capables de créer des applications similaires sous un autre nom » a affirmé Séverine Bourlier, secrétaire générale de l’Union nationale des taxis. Le syndicaliste FO Nordine Dahmane confirme ces propos « c’est une bonne décision que le service soit suspendu mais on aimerait qu’il ne revoie pas le jour. »

Comment ont réagi les politiques? 

Frédéric Lefebvre, député des Républicains des Français de l’étranger s’est tout de suite exprimé sur France Info « On n’interdit pas l’évolution […] il faut des règles ». Le député a cosigné une proposition de résolutions visant à proposer une solution au conflit entre taxis et UberPOP.

Manuel Valls satisfait de la suspension d’UberPOP

Le premier ministre Manuel Valls, quant à lui, a réagi positivement suite à la suspension de l’application. Il a déclaré: « La fermeté du gouvernement a payé dans ce dossier […] Uber pop devait être interdit. » « Ça va dans le bon sens, mais une activité illégale ça ne se suspend pas, ça s’arrête », a affirmé pour sa part le secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies.