Anouar Kbibech, le nouveau patron du CFCM qui entend démonter l’argumentaire djihadiste

RELIGION Dalil Boubakeur, jusqu’alors président du Conseil français du culte musulman (CFCM), laisse sa place à un ingénieur…

W.M.

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Anouar Kbibech, futur président du CFCM (Conseil français du culte musulman), à la Grande mosquée de Paris, le 17 juin 2015
Anouar Kbibech, futur président du CFCM (Conseil français du culte musulman), à la Grande mosquée de Paris, le 17 juin 2015 — Joel Saget AFP

« N’allez pas en Syrie. Votre djihad, c’est de relever les défis qui sont ici. » Anouar Kbibech, qui vient de prendre la tête du Conseil français du culte musulman (CFCM), entend imposer au sein de l’institution une certaine « culture du résultat ».

A 53 ans, cet ingénieur en télécommunication, peu connu du grand public, veut créer un « conseil théologique pluraliste », en mesure de démonter point par point l’argumentaire djihadiste. « Il n’est pas question de réformer l’islam, qui est immuable, mais la pratique musulmane », précise-t-il dans les colonnes de La Croix.

Il arrondit les angles

Pour relever le déficit de visibilité et d’efficacité de l’institution, Anouar Kbibech entend continuer à condamner sans équivoque les actes djihadistes. « En sachant qu’il faut aussi agir à côté. Et ne pas être dans le déni. Nous devons reconnaître que des lectures extrémistes, des interprétations erronées de certains versets peuvent expliquer cette violence », poursuit-il dans le quotidien catholique.

Pas question toutefois d’adopter le style de son prédécesseur, Dalil Boubakeur, adepte des sorties médiatiques plus ou moins contrôlées. Par exemple, il ne préconisera pas le doublement du nombre de mosquées en deux ans ni la transformation d’anciennes églises désertées en mosquées.

Manque de représentativité

Son style, beaucoup plus arrondi risque de paraître lisse. De sensibilité marocaine, président du Rassemblement des musulmans de France (RFM), il va devoir très rapidement inspirer confiance aux proches de Dalil Boubakeur, lié à l’Algérie. La rivalité algéro-marocaine à la tête du CFCM ? « Les antagonismes sont aujourd’hui pratiquement dépassés », a-t-il répondu à l’AFP.

Si ce nouveau président de l’instance représentative du culte musulman en France peut insuffler une certaine dynamique, il va se heurter à un déficit de considération par les musulmans eux-mêmes pour cette institution. Surtout les jeunes qui considèrent que les décisions du CFCM sont pilotées directement par le pouvoir politique.

Cette image d’une institution religieuse à la solde de l’Elysée ne devrait pas s’estomper avec Anouar Kbibech qui dit avoir « noué des liens » avec Manuel Valls lorsqu’il gravitait autour de la grande mosquée d’Evry (Essonne), cœur battant de l’islam marocain en France et fief électoral de l’actuel Premier ministre.