Attentat en Isère: Le point sur l'enquête, 48 heures après l'attaque

FAITS DIVERS Le suspect doit être transféré ce dimanche au siège de la DGSI à Levallois-Perret…

W.M.
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Les forces spéciales de la BRI contrôlent le bâtiment qui abrite le domicile de l'auteur présumé de l'attentat contre une usine de Saint-Quentin-Fallavier (Isère), le 26 juin 2015
Les forces spéciales de la BRI contrôlent le bâtiment qui abrite le domicile de l'auteur présumé de l'attentat contre une usine de Saint-Quentin-Fallavier (Isère), le 26 juin 2015 — PHILIPPE DESMAZES AFP

Depuis Lyon, Yassin Salhi, soupçonné d’avoir assassiné et décapité un homme avant de commettre un attentat en Isère, doit être transféré ce dimanche dans la journée à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), au siège de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Les enquêteurs antiterroristes doivent poursuivre ses interrogatoires. Le point sur l’enquête alors que le suspect parviendra ce soir au terme de 48 heures de garde à vue (renouvelables deux fois 24 heures, jusqu’à 96 heures, et jusqu’à 144 heures 6 jours en cas de risque d’imminence d’un attentat).

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Ce que les policiers veulent savoir

Avant de le présenter à la justice, les enquêteurs doivent d’abord tenter d’obtenir les aveux de Yassin Salhi, soupçonné d’avoir tué son patron, de l’avoir décapité et d’avoir accroché sa tête à un grillage d’enceinte d’une usine chimique. Il aurait ensuite foncé sur des bonbonnes de gaz provoquant une explosion sans faire de blessés. Puis il aurait tenté de déclencher une autre explosion avant d’être maîtrisé par des pompiers.

Les policiers tentent non seulement de reconstituer le scénario exact de cet enchaînement de faits mais aussi de caractériser l’aspect terroriste de cet attentat qui n’a pas été revendiqué, bien que des drapeaux où était écrite la profession de foi islamique aient été retrouvés à côté de la tête de la victime. Une mise en scène macabre qui rappelle celle du groupe Etat islamique (EI).

Ce que dit Yassin Salhi

Après avoir été hospitalisé à Lyon, il a été placé vendredi soir en garde à vue. D’abord mutique, il a commencé samedi dans la soirée « à s’expliquer sur le déroulé des faits », selon une source proche du dossier. Il n’a pas encore détaillé les motivations de ses actes, mais commence à changer de position, selon cette source. Il a en effet reconnu avoir tué son directeur commercial sur un parking dans sa voiture avant de le décapiter.

RTL, de son côté, avance que l’homme voulait faire exploser l’usine de gaz industriels. Il aurait choisi cette cible par facilité, y disposant d’un accès direct grâce à son métier de chauffeur-livreur. Il aurait voulu y mourir en martyr.

Enfin, selon iTELE, il aurait affirmé avoir voulu se suicider et réaliser un coup médiatique maquillé en un acte terroriste.

Ce qu’a révélé l’autopsie

Les premiers résultats de l’autopsie de sa victime n’ont pas permis de déterminer les causes exactes de la mort, et notamment s’il était décédé au moment de la décapitation. Des examens complémentaires seront effectués.

Ce que l’on sait de Yassin Salhi

Sa personnalité apparaît au grand jour. Le Parisien a rencontré son ancien entraîneur. Il apporte un nouvel éclairage sur la part d’ombre de cet homme. « Quand il est arrivé, il m’a dit : "Je voudrais faire du free fight". Je lui ai répondu : "Ici, on ne fait pas n’importe quoi, on fait des arts martiaux, avec des règles". Cela ne l’a pas découragé, et nous avons commencé les cours collectifs », raconte le professeur. « Lors des combats en face-à-face, il se laissait taper sans réagir, sans même protéger son visage. Et puis au bout de quelques minutes, il explosait de colère et frappait dans tous les sens avec une rage inouïe. Il était dangereux, pour lui-même et pour les autres. Il ne se battait pas : il faisait la guerre », raconte-t-il au quotidien.

Des complices ?

Manuel Valls a dit ne pas savoir si Yassin Salhi avait des complices. Mais les premiers éléments de l’enquête ont permis d’établir qu’il avait envoyé vers un numéro canadien un selfie macabre avec la tête de sa victime décapitée. La localisation de son contact n’a pas été établie, ce numéro pouvant être un simple relais avant un rebond vers une autre destination.

Le Canada collabore à l’enquête française pour tenter de retrouver le destinataire de ce selfie. Les policiers français étudient aussi une éventuelle connexion syrienne.

Quant la sœur et l’épouse de Yassin Salhil, placées en garde à vue vendredi, elles ont été remises en liberté ce dimanche en milieu d'après-midi.