Eurotunnel accuse la police de laxisme après la mort d'un migrant sur son site

SOCIETE Eurotunnel accuse les forces de police laissent pénétrer les migrants...

A.B. avec AFP

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Un train EuroTunnel à Coquelles le 10 avril 2014
Un train EuroTunnel à Coquelles le 10 avril 2014 — Denis Charlet AFP

La mort accidentelle d’un migrant éthiopien dans le site du tunnel sous la Manche à Coquelles (Pas-de-Calais) a été le déclencheur vendredi d’une vive polémique entre Eurotunnel et la police, qui a immédiatement répliqué aux accusations de laxisme exprimées par le groupe.

« Les forces de police laissent pénétrer les migrants »

« Les forces de police laissent pénétrer les migrants », a affirmé une porte-parole du groupe, regrettant que « des centaines de plaintes contre les intrus soient classées sans suite », quelques heures après l’accident mortel. « Les passeurs savent qu’il y a impunité », a-t-elle ajouté.

Des déclarations auxquelles le directeur de la zone Nord/Pas de Calais de la Police aux frontières (PAF) a immédiatement réagi : « Non, la police ne laisse pas pénétrer les migrants ! Quand un automobiliste brûle un feu rouge, ou quand un cambrioleur pénètre dans une maison, ce n’est pas parce que la police les laisse faire. C’est pareil pour les migrants », a lancé Patricio Martin.

Vendredi matin, un migrant originaire d’Ethiopie (et non d’Erythrée comme les autorités l’avaient d’abord rapporté) a trouvé la mort aux abords du tunnel sous la Manche, en tentant de monter dans une navette dans l’espoir de gagner la Grande-Bretagne.

Selon les pompiers du Pas-de-Calais, « l’homme essayait de monter sur un train en marche, il a été projeté sur un pylône en béton ».

« C’est Eurotunnel qui a un devoir de sécurisation du site »

« Il est certain que lorsque les manifestants de la Scop SeaFrance (en conflit avec Eurotunnel) ont pénétré mardi sur le site, cela a exacerbé les intrusions », a observé le directeur zonal de la PAF. « Mais priorité était au rétablissement de l’ordre public pour dégager les voies », a-t-il souligné.

Un délégué du syndicat Unité SGP-FO police, Gilles Debove, a dénoncé de son côté « les tâches indues qu’Eurotunnel », selon lui « veut assigner aux policiers, qui ne sont pas là pour assurer la sécurité du site mais pour d’autres missions d’ordre public ». « C’est Eurotunnel qui a un devoir de sécurisation du site », a-t-il dit. Or, a poursuivi le policier, « ils ont viré 30 vigiles l’an dernier pour faire des économies, se contentant d’appeler la police quand les capteurs et les caméras de vidéosurveillance se déclenchent. Ce n’est pas notre boulot ».

D’autre part, a signalé « C’est Eurotunnel qui a un devoir de sécurisation du site » Gilles Debove, « il y a 20 km de périmètre à surveiller sur le site ; on ne va pas mettre un policier tous les 10 mètres ».

Si la police surveille de l’extérieur les abords, « sur le site privé proprement dit d’Eurotunnel, il n’y a qu’une brigade de 10 fonctionnaires chargés du contrôle des passeports et des véhicules, qui font les 3X8 », a-t-il indiqué.

La proximité de la Grande-Bretagne attire depuis des années vers le tunnel et le port voisin de Calais, points d’accès le plus proche depuis le continent européen, les clandestins en quête de passage vers ce qu’ils voient comme l'« eldorado » britannique.

Selon le dernier décompte de la préfecture, environ 3.000 migrants, essentiellement Érythréens, Éthiopiens, Soudanais et Afghans, sont recensés dans le Calaisis.