L’Elysée écoutée par la NSA: Comment les espions étrangers surveillent la République

RENSEIGNEMENT La France ferme les yeux sur les services secrets étrangers, elle aussi ayant recours aux mêmes méthodes…

William Molinié
— 
Photomontage de Nicolas Sarkozy, François Hollande et Jacques Chirac, mis sur écoute par la NSA entre 2006 et 2012, selon des documents de WikiLeaks.
Photomontage de Nicolas Sarkozy, François Hollande et Jacques Chirac, mis sur écoute par la NSA entre 2006 et 2012, selon des documents de WikiLeaks. — PHOTOMONTAGE 20 MINUTES (PHOTOS AP/SIPA)

Le renseignement a besoin d’une « zone grise » pour travailler. Chacun sait qui fait quoi, fait semblant de ne pas savoir, et se surveille du coin de l’œil tout en laissant croire le contraire. Le tout étant de ne pas se faire « pincer », pourvu que cela reste dans le microcosme du renseignement. Et si ça finit par sortir, « tout le monde fait semblant de se mettre en colère », relève auprès de 20 Minutes Chems Akrouf, ancien du renseignement militaire et directeur général du Master « Maitrise et Management de l’Information » (MMI).

DECRYPTAGE : Le sommet de l’Etat a-t-il un problème avec les téléphones ?

La France, comme l’ensemble de ses partenaires, laisse donc aux services secrets étrangers l’espace nécessaire pour réaliser des écoutes. Ambassades, hôtels et salles de conférences, stations d’écoutes… Comment et où les espions étrangers surveillent la République ?

Les ambassades

C’est le lieu privilégié des services secrets étrangers pour installer des dispositifs d’écoute. « Depuis la guerre froide, un deuxième bureau est caché dans les ambassades », explique cet ancien agent du renseignement militaire. A l’ambassade américaine, par exemple, un étage entier est dédié aux interceptions. Révélée par le blog Zone d’intérêts, l’information a été confirmée par des journalistes spécialisés comme Antoine Lefébure et Jean-Marc Manach.



La station d’espionnage, qui aurait été montée entre 2004 et 2005, est camouflée au sommet de l’ambassade américaine par une large bâche qui fait office de trompe-l’œil et laisse passer les communications radio et électromagnétiques. Ce dispositif a été mis en place par la Special Collection Service, une agence commune à la CIA et à la NSA chargée des opérations de surveillance. Située à quelques centaines de mètres de l’Elysée, de l’Assemblée nationale, ou encore de Beauvau, l’ambassade américaine était idéalement située pour espionner le cœur du pouvoir.

Cette station d’écoute a pu héberger des imsi-catchers de longue portée, sortes d’antennes espionnes qui se font passer pour de réels relais téléphoniques, interceptant ainsi toutes les communications, y compris celles peu protégées de nos dirigeants.

Les hôtels et les salles de conférence

Toutes les délégations étrangères le savent. C’est au cours des déplacements que les risques sont le plus importants. « Dans les hôtels, dans les grandes conférences internationales, personne ne se gêne pour intercepter le maximum d’informations sur les ordinateurs, voire filmer. Parfois, certains pays vont jusqu’à poser des balises. Il n’y a aucune limite si ce n’est celle de se faire prendre », rapporte Chems Akrouf. A l’ONU, les services de renseignements tentent de savoir qui va voter pour ou contre telle ou telle résolution. « Tous les pays ont des services spécialisés pour cela », poursuit-il.

Les agences des différents pays peuvent même s’entraider, dans un intérêt commun. « Il fut un temps où [le Mossad] disposait à Paris de dizaines et de dizaines de passeports diplomatiques généreusement accordés par la France », se rappelle un diplomate, cité par Le Figaro. Il ajoute : « Vous croyez, que c’est uniquement pour rédiger des télégrammes à destination de Tel-Aviv ? »

Les Chinois nous écoutent depuis la banlieue parisienne

Fin 2014, L’Obs révélait que la Chine espionnait la France grâce à une station d’écoute installée depuis le toit d’une annexe de l’ambassade de chine en banlieue parisienne, à Chevilly Larue. Des paraboles géantes sont installées sur le toit de ce centre, dépendant de l’équivalent chinois de la NSA américaine. Ces antennes pointent vers des satellites permettant des communications entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient.

 

Les "Grandes oreilles chinoises" à Chevilly Larue. Capture d’écran L’Obs -

 

Le scoop de Vincent Jauvert, révélé après une enquête de plusieurs mois, mettait aussi en lumière que la France était au courant, mais qu’elle laissait faire. Preuve d’un intérêt certain à se laisser surveiller tout en feignant l’ignorance.