Chômage: Un lien avéré avec les ruptures conjugales

ETUDE Les conséquences sur les unions sont plus sévères quand c'est l'homme qui est touché par le chômage...

20 Minutes avec agences

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Après une baisse en janvier, le chômage est reparti à la hausse en février
Après une baisse en janvier, le chômage est reparti à la hausse en février — Philippe Huguen AFP

Plus de 3,5 millions de chômeurs et 350.000 séparations par an. Y a-t-il un lien de cause à effet ? Expérience douloureuse pour l’individu, « le chômage accroît le risque de ruptures conjugales », comme l’ont montré des études micro-économiques menées dans plusieurs pays européens, affirme effectivement la démographe Anne Solaz.

Selon la chercheuse à l’Institut national d’études démographiques (Ined), en France, « il semble que le chômage qui intervient dans les premières années de la vie de couple augmente davantage le risque ».

Le couple protège-t-il du chômage ?

« Démêler les causes des effets reste très compliqué »

« Toutefois, entre perte d’emploi et séparation, démêler les causes des effets reste très compliqué », nuance Anne Solaz. Déjà, en 1845, le philosophe allemand Friedrich Engels s’interrogeait sur les répercussions du chômage sur la vie familiale, s’étonnant de la révolution qui voit un homme se retrouver à assumer les tâches ménagères.

De fait, « les conséquences sur les unions sont beaucoup plus sévères quand c’est l’homme qui est touché par le chômage, car il est encore souvent investi du rôle de pourvoyeur de ressources et que son statut social est remis en question », note Didier Demazière, sociologue, directeur de recherche au CNRS.

Un impact fort sur l’intimité, le rythme de la famille et les comportements

« Le chômage a des conséquences psychologiques et financières, mais les effets sont aussi tangibles sur le rythme de la famille, le comportement : plus rien n’est comme avant. Les tentatives des proches pour en parler, même bienveillantes, apparaissent souvent comme une demande de comptes », ajoute le sociologue.

« La perte d’un emploi, qui implique un sentiment de grande solitude et de perte de confiance, a forcément un impact fort sur l’intimité », renchérit Didier Lebret, 63 ans, qui accompagne des chercheurs d’emploi pour l’association Solidarités nouvelles contre le chômage (SNC).

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Les couples qui survivent en sortent « consolidés »

A en croire des études macro-économiques américaines, le divorce décline pendant les premières années d’une récession économique, et augmente ensuite. « La séparation coûte cher, c’est d’ailleurs pour cela que beaucoup de couples séparés continuent dans un premier temps à vivre sous le même toit », justifient Anne Solaz.

Il est toutefois des cas où le chômage, en bouleversant le rythme du foyer, produit, paradoxalement, des effets bénéfiques. Et, selon les experts, les couples qui survivent en sortent « consolidés ».