Agression filmée : Cinq choses à savoir sur le « Happy slapping » contre les profs

EDUCATION Si cette double violence touche rarement les enseignants, ces conséquences sont graves...  

Delphine Bancaud

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illustration d'un
illustration d'un — ISOPIX/SIPA

Une agression à ricochets. Un enseignant de Bègles (Gironde) a été frappé et insulté en mai par un groupe d’élèves, qui ont filmé l’agression et l’ont ensuite diffusée sur Internet. Ce fait divers est une nouvelle illustration de « happy slapping », une pratique qui consiste à filmer à l’aide de son téléphone portable, une scène de violence dans le but de diffuser la vidéo sur internet et les réseaux sociaux. 20 minutes analyse les causes et les conséquences de ces agressions.

Y a-t-il une recrudescence des cas ?

Un phénomène du « happy slapping » est en expansion ces dernières années, mais il touche rarement les enseignants. Car selon une note de l’Education nationale parue en juillet 2014, 0,6 % des personnels de l’éducation nationale seraient victimes d’agressions physiques. « Et les happy slappings les concernant enseignants restent marginaux, même si leurs conséquences sont très graves », observe Catherine Blaya, présidente de l’Observatoire International de la Violence à l’École. Reste que ces agressions sont souvent passées sous silence par les victimes elles-mêmes, comme dans le cas de Bègles, puisque c’est la mère d’un élève qui a alerté la direction de l’établissement de la diffusion de la vidéo sur Internet. « Les enseignants qui en sont victimes éprouvent souvent un sentiment de honte. Ils ont peur d’être accusés de ne pas savoir tenir leur classe », explique Catherine Blaya. Par ailleurs, beaucoup d’entre eux ignorent que les mutuelles ou les assurances contre les risques inhérents à leur métier, mettent à leur disposition un avocat pour assurer leur défense.

Quelles sont les motivations des agresseurs ?

Elles varient selon les situations : besoin de reporter sa colère face à un sentiment d’échec ou d’injustice, envie d’exister aux yeux des autres, de repousser les limites de l’interdit… « Dans tous les cas, il s’agit d’une violence de groupe où les responsabilités sont diffuses. Généralement, ces actes n’ont pas été prémédités et le réflexe de filmer est totalement spontané. En diffusant la vidéo de l’agression sur Internet, ils veulent ensuite montrer combien ils sont forts en espérant ainsi accroître leur popularité », analyse Catherine Blaya. Etrangement, les agresseurs ne semblent pas conscients du mal qu’ils ont fait et des risques qu’ils courent : « Ils ont l’impression que ce qu’ils partagent sur la toile restera entre eux », souligne Catherine Blaya.

Quelles sont les conséquences pour les victimes ?

« Il s’agit d’une violence extrêmement forte : à l’agression physique s’ajoute le film et sa diffusion, d’où un fort sentiment d’humiliation de la victime », explique Catherine Blaya. Ce qui peut entraîner des séquelles professionnelles importantes : perte d’intérêt pour son métier, sentiment d’impuissance face aux élèves… Avec parfois à la clé de longs arrêts maladie.

Comment l’Education nationale lutte contre ?

Face à ces agressions doublement violentes, l’Education nationale ne reste pas de marbre. Dans le cas de Bègles, trois des élèves ont été exclus définitive de l’établissement.

Outre la répression, l’Education nationale s’est aussi beaucoup investie dans la prévention de ce genre d’agressions ces dernières années, comme le note Catherine Blaya : « Les enseignants ont été formés sur les violences scolaires, les équipes mobiles de sécurité font un énorme travail de prévention sur le terrain et des associations font des interventions dans les établissements pour sensibiliser au fléau de la cyberviolence ».

Que risquent les agresseurs ?

Outre les sanctions disciplinaires de l’Education nationale, les auteurs de « happy slapping », s’exposent à des sanctions judiciaires. En 2007, le tribunal correctionnel de Versailles a ainsi condamné à un an de prison, dont six mois ferme un lycéen qui avait filmé avec son téléphone portable l’agression d’une enseignante à Porcheville (Yvelines) pour « non-assistance à personne en danger et atteinte au respect de la vie d’autrui »,.