Taxis vs UberPop: Comment garantir la sécurité des conducteurs et de leurs passagers?

Sécurité Suite aux derniers incidents entre taxis et conducteurs UberPOP, ces derniers s'organisent pour assurer leur sécurité et celle de leurs passagers...

Laure Cometti
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Une manifestation de taxis anti-UberPOP à Nantes, le 9 juin 2015.
Une manifestation de taxis anti-UberPOP à Nantes, le 9 juin 2015. — SEBASTIEN SALOM-GOMIS/SIPA

« On a parfois peur de prendre le volant ». C’est le sentiment d’insécurité qui domine chez les conducteurs UberPOP, devenus en quelques mois la bête noire des chauffeurs de taxi. De vives tensions qui ont trop souvent dégénéré au cours des derniers mois.

« En deux semaines, nous avons enregistré 85 agressions subies par des conducteurs UberPOP », relève Thomas Meister, porte-parole du géant américain du véhicule de tourisme avec chauffeur (VTC) pour l’Europe de l’Ouest.

Remboursement des dégâts matériels et soutien juridique 

Pneus crevés, voiture rayée, coups et violences… Les taxis s’en prennent parfois aux usagers, comme cela s’est produit à Lille ou à Lyon. « Certains taxis nous tendent des guets-apens, en commandant un véhicule via l’application », raconte un chauffeur UberPOP qui souhaite rester anonyme. Lui-même a été pris en embuscade fin janvier par une dizaine de taxis, à Lyon. Bilan : un rétroviseur cassé et des rayures sur la carrosserie.

La société californienne, qui pèse plus de 40 milliards de dollars, va lui rembourser les dégâts matériels. « Nous encourageons systématiquement les chauffeurs à porter plainte et nous mettons des avocats à leur disposition », insiste-t-on chez Uber.

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Pour ce qui est de l’insécurité, les solutions sont moins évidentes. « Nous nous en remettons à la justice et invitons le ministère de l’Intérieur à prendre ses responsabilités », lâche Thomas Meister. Bernard Cazeneuve a réaffirmé mardi sa volonté de lutter contre UberPOP, alors qu’Uber France a sollicité le Conseil constitutionnel, contestant la légalité de l’interdiction de son service.

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Un collectif de chauffeurs pour partager des bonnes pratiques

En attendant, les chauffeurs s’organisent. Après l’arrêté préfectoral anti-UberPOP signé le 18 juin à Lyon, deux conducteurs ont créé le collectif Pour que Uber continue à Lyon, qui compte près de 9.000 likes sur Facebook. Ils ont lancé mardi une plateforme nationale baptisée Cousin Hub, en clin d’œil au film Les Visiteurs.

Leur objectif : « rassembler tous les conducteurs UberPOP de France pour être plus vigilants ensemble, s’échanger des conseils et se porter secours en cas d’incident », confie à 20 Minutes le cofondateur de Cousin Hub. « Nous comptons sur la solidarité de la communauté Uber, il y a une proximité entre les passagers et les conducteurs », souligne-t-il.

« On joue le rôle de cellule psychologique »

« On joue aussi le rôle de soutien psychologique », ajoute le jeune homme de 25 ans qui préfère garder l’anonymat. Le collectif est sollicité par de nombreux chauffeurs anxieux. Pour les rassurer, il rappelle les consignes de sécurité. « On reste dans le véhicule, on ne baisse pas les vitres et on invite le passager à ne pas sortir du véhicule », explique-t-il. Afin d’éviter les guets-apens, il conseille d’appeler le passager avant d’accepter la course. « En cas de doute, il vaut mieux refuser. »

Cousin Hub incite les clients à la prudence : « On leur conseille de ne pas commander un UberPOP s’ils sont à côté d’une station de taxis. Il vaut mieux se déplacer dans une rue parallèle, pour ne pas attiser les tensions ». Il déplore que les contrôles accrus de la police des taxis « attisent le feu ».

La préfecture de police a mené des actions contre l’utilisation des services non réglementés de transports de personnes. 377 délits relevés
— Préfecture de police (@prefpolice) June 23, 2015

Le collectif veut se déployer dans chacune des neuf villes où UberPOP est disponible. « Si on franchit le cap des 10.000 membres, on envisage une mobilisation ». Une manifestation ? « Oui, mais pas un truc pour embêter les usagers, plutôt un rassemblement pacifique et festif, un dimanche, pour défendre l’économie collaborative », insiste-t-on chez Cousin Hub.