Cahuzac reste discret sur l'argent provenant laboratoires pharmaceutiques

JUSTICE Après son départ du cabinet du ministre socialiste de la Santé, il a travaillé de1991 jusqu’en 1998 pour l’industrie pharmaceutique…

20 Minutes avec AFP
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L'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac arrive au pôle financier de Paris, le 11 septembre 2013
L'ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac arrive au pôle financier de Paris, le 11 septembre 2013 — Thomas Samson AFP

Jérôme Cahuzac, renvoyé en correctionnelle pour son compte caché, est resté discret durant l’enquête sur l’origine des fonds et notamment sur des versements par l’industrie pharmaceutique pour son activité de consultant, a appris l’AFP lundi de source proche du dossier.

Après avoir longtemps nié son existence, l’éphémère ministre du Budget de François Hollande, pourfendeur affiché de la fraude fiscale, a reconnu avoir été détenteur d’un compte en Suisse, transféré en 2009 à Singapour.

Il a expliqué aux enquêteurs que ce compte « avait été abondé exclusivement par (ses) revenus professionnels, c’est-à-dire (ses) revenus de chirurgien », rapporte la source. Jérôme Cahuzac reconnaît toutefois « une exception » : « J’ai été rémunéré en 1993 dans le cadre de mon activité de conseil en entreprise par un laboratoire dont le nom a été cité dans la presse, le laboratoire Pfizer. »

Son carnet d’adresses intéressait les laboratoires

Dans leur ordonnance de renvoi en correctionnelle consultée lundi par l’AFP, les juges Renaud van Ruymbeke et Roger Le Loire relèvent que Jérôme Cahuzac a expliqué avoir « travaillé pour des laboratoires après son départ du cabinet » du ministre socialiste de la Santé, Claude Evin (en 1991) jusqu’en 1998 . « Il confirme avoir reçu des rémunérations occultes liées non pas à son activité de médecin (…), mais à son activité de conseil auprès de laboratoires », écrivent encore les juges.

Fraude fiscale: Cahuzac renvoyé en correctionnelle pour son compte caché

Pourquoi ses conseils intéressaient-ils les laboratoires pharmaceutiques ? « Il bénéficiait en effet d’entrées et de contacts privilégiés au ministère du fait de ses précédentes fonctions au cabinet du ministre », expliquent les magistrats. Conseiller de Claude Evin durant trois ans, il était ainsi notamment en charge des médicaments.

Il s’agit d’enjeux « importants pour les laboratoires qui voulaient commercialiser des médicaments en étant assurés qu’ils seraient » remboursables par la Sécurité sociale. Mais les investigations sur d’éventuels virements « n’ont cependant pu aboutir du fait de l’ancienneté des faits », « de l’absence de témoins contemporains » ou encore « de l’imprécision des relevés bancaires suisses ».

« Je ne savais pas quoi faire de cet argent »

Jérôme Cahuzac n’évoquera qu’une rémunération par Pfizer pour un conseil sur un prix de médicament : « Il pense que les deux entrées de 817.500 francs le 4 janvier 1993 et de 504.000 francs le 7 mai 1993 proviennent de Pfizer. »

« Mais en dehors de ces deux virements (qui représentent 1,3 million de francs sur un total de 3,2 millions de francs), Jérôme Cahuzac n’a fourni aucune explication sur l’origine des autres virements, si ce n’est qu’il a indiqué avoir travaillé pour d’autres laboratoires, tels Pierre Fabre, Roche, Sandoz, UPSA », relèvent les magistrats.

En avril 2014, évoquant son activité de consultant dans un entretien à Vanity Fair, Jérôme Cahuzac avait dit : « Très vite, j’ai gagné bien plus qu’auparavant. Je ne savais pas quoi faire de cet argent (…) Je me suis dit qu’avec un compte en Suisse je serais tranquille », « c’était une énorme connerie ».