Meurtre de Christelle Maillery: Jean-Pierre Mura, taciturne et énigmatique, condamné à 20 ans de prison

JUSTICE La cour d’assises de Saône-et-Loire a rendu son verdict ce jeudi dans le 1er procès des « disparues de l’A6 »…

William Molinié

— 

Jean-Pierre Mura attend le début de son procès devant la cour d'assises de Chalon-sur-Saone le 10 juin 2015
Jean-Pierre Mura attend le début de son procès devant la cour d'assises de Chalon-sur-Saone le 10 juin 2015 — Jeff Pachoud AFP

Son avocat espérait que le procès soit « la fin d’un calvaire, d’une souffrance ». Sans doute ne le fut-il pas pour son client, Jean-Pierre Mura, condamné à 20 ans de prison ce jeudi par la cour d'assises de Saône-et-Loire pour le meurtre de Christelle Maillery en 1986.

Au terme de six jours et demi d’audience, les jurés de la cour d’assises s'étaient retirés pour estimer la culpabilité d’un homme silencieux, donc suspect, à la lumière d’un dossier dont l’accusation a difficilement résisté aux errances de trente années d’instruction. Plus tôt, l’avocat général, avait requis la même peine, estimant que ce dossier était « comme un paysage : Un élément séparé n’a pas de signification mais, mis en perspective, tous les éléments prennent du sens ».

De son côté, Jean-Pierre Mura n’a cessé de nier depuis le box les connexions qu’il pouvait avoir avec Christelle Maillery, une jeune adolescente de 16 ans retrouvée tuée d’une trentaine de coups de couteau le 18 décembre 1986 dans une cave d’un immeuble du Creusot. « Je ne la connaissais pas », a-t-il rabâché à la cour, contrairement aux déclarations de certains témoins et proches de la victime.

>> En images : Les « cold case » des « disparues de l’A6 »

Les jambes croisées, les coudes sur les genoux, le haut du buste avancé, Jean-Pierre Mura a semblé avoir le regard dans le vide lorsqu’il écoutait les débats. Sous traitement médical pour stabiliser sa schizophrénie, l’accusé ne sortait de son rêve éveillé que lorsqu’il était questionné. Ou bien sa mémoire des faits, trente ans en arrière, lui faisait défaut. Ou bien, c’est, dit-il, « l’alcool » ou le « Subutex » qui avaient altéré sa personnalité et qui expliqueraient pourquoi il avait pu, au détour d’un « délire », s’accuser du meurtre de l’adolescente. « Il lui arrivait de dire n’importe quoi avec sa maladie. Une fois, il a dit qu’il avait été attaqué par des extraterrestres », a raconté Joseph, son frère.

« Il s’exprimait peu »

Au moment des faits, en décembre 1986, Jean-Pierre Mura a 19 ans. Il est décrit ajourd'hui comme « oisif ». Métallier-ferronnier de formation, il effectuait un travail d’utilité collective (TUC) comme peintre au Creusot, l’ancêtre des emplois-jeunes. Mais il n'aura pas fait l’affaire et ne sera pas reconduit. A l’époque, le jeune adulte fumait des joints, « au moins deux par jour », a-t-il reconnu à l'audience. Il avait une petite amie. Mais la relation s’était achevée, après la naissance d’une petite fille. « Vous étiez amoureux d’elle ? », a questionné le président Antoine Brugère. « Heu… sexuellement », a répondu brutalement l’accusé.

Enigmatique, Jean-Pierre Mura a alterné confidences lorsqu’il a reconnu de lui-même qu’il aurait bien aimé « sortir avec Christelle » et longs instants de silence. « Comment cela se passait-il à la maison ? », a demandé le président. « C’était familial. Jean-Pierre s’exprimait peu, il pouvait être taciturne », a assuré le frère de l’accusé. Ce dernier n’a pas toujours été muet. Notamment quand il avait raconté, sans être questionné, qu’il était revenu dix ans plus tard sur les lieux du crime pour retrouver des « traces de sang ». Emmêlé dans ses contradictions, Jean-Pierre Mura a mis systématiquement en cause pendant l’audience le travail des policiers, qui ont « déformé [ses] propos ».

Dossier sans ADN

Au fil du procès, le dossier qui contient aucun ADN et qui ne repose pratiquement que sur des témoignages a été fragilisé. Sans doute n’aurait-il pas été présenté à la justice s’il n’avait fait l’objet de recoupements titanesques de la part d’un enquêteur aux méthodes reconnues, venu tout droit de la prestigieuse brigade criminelle du 36, Quai des Orfèvres à Paris. « En 1986, Jean-Pierre Mura ne prenait pas son traitement. Il consommait du cannabis. C’était une bombe à retardement », a raconte à la barre Raphaël Nedilko, le policier qui a repris l’affaire avec « un œil neuf ».

Un acquittement aurait été un coup dur pour l’association Christelle qui porte par ailleurs sept autres dossiers de crimes non résolus de jeunes femmes dans les années 1980 et 1990 en Bourgogne. L’accusé a dix jours pour faire appel.