Haski et Schneidermann victimes de «swatting»: Que peut faire la justice française contre Ulcan?

DIPLOMATIE Le hacker sioniste, ancien de la ligue de défense juive, vit en Israël et n’est pas inquiété dans son pays…

W.M.

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Capture d'écran Ulcan sur Youtube
Capture d'écran Ulcan sur Youtube — Youtube

Ulcan, ou ses proches, ont encore frappé. Le pseudo-hacker franco-israélien s’en serait pris coup sur coup, mardi et mercredi, à Daniel Schneidermann, directeur de la publication d’Arrêt sur Images, et Pierre Haski, le cofondateur de Rue89. Les journalistes ont été victimes de « swatting », un canular qui consiste à envoyer les forces d’intervention de la police chez les victimes.

Ulcan, Grégory Chelli de son vrai nom, réside en Israël. En l’absence d’accord d’extradition entre les deux pays, le pseudo-hacker n’est pas inquiété. Ce que regrette Pierre Haski, qui considère que le problème est « celui de l’impunité dont bénéficie cet homme, né à Paris mais vivant aujourd’hui en Israël, et qui n’est pas inquiété même pour les faits qu’il a amplement revendiqués ». Explications.

Les procédures en cours

Actuellement, deux informations judiciaires sont en cours d’instruction au parquet de Paris. La première, ouverte il y a un an, concerne des faits de piratage informatique revendiqués par Ulcan contre Rue89. Et la seconde a été ouverte en octobre 2014 sur des faits de « violences volontaires avec préméditation », « dénonciation de crimes et délits imaginaires », « usage de données d’identification d’autrui en vue de porter atteinte à sa tranquillité ou son honneur » et « détention et diffusion de documents portant atteinte à l’intimité de la vie privée ». Ces faits concernent les actes commis contre des journalistes de Rue89.

Le juge enquête sur le possible lien entre les faits de harcèlement et le décès du père d’un des journalistes, victime d’un canular.

Pas d’accord d’extradition…

Entre la France et Israël, aucun accord d’extradition n’existe. Selon son compte Facebook, il résiderait à Ashdod, une ville balnéaire d’Israël située à une quinzaine de kilomètres au nord de la bande de Gaza. Si au niveau diplomatique, les choses coincent, les juges français qui enquêtent sur les faits qui lui sont reprochés peuvent toujours prononcer un mandat d’arrêt international.

… mais des recours possibles

Ce document permettrait aux autorités policières d’émettre, via Interpol, une « notice rouge ». Dans ce cas, toutes les polices membres de l’organisation seraient tenues de localiser et d’arrêter Ulcan si ce dernier venait à se rendre dans les pays concernés. Cependant, cela ne garantirait pas la remise à la France du hacker puisque les autorités policières de chaque pays conservent leur propre indépendance.

Accords diplomatiques

Seule la volonté politique permettrait de débloquer la situation. « Les plaintes qui s’accumulent, l’ouverture de deux informations judiciaires avec la nomination de deux juges d’instruction, les démarches diplomatiques, finiront-elles par réveiller un gouvernement israélien qui ne peut plus ignorer cette affaire ? Ou devra-t-on, à un certain moment, se demander si ce silence ne devient pas complice ? », écrit Pierre Haski.

Parfois, les échanges entre la France et Israël aboutissent à la remise à la justice d’individus condamnés. Comme en début d’année, lorsqu’Israël a extradé vers la France un Franco-israélien qui avait fui une condamnation à 20 ans de prison pour avoir provoqué la mort d’un homme dans une tentative d’escroquerie à l’assurance.