Waterloo: Des passionnés rejouent la bataille

RECONSTITUTION A l’occasion du bicentenaire de la défaite, « 20 Minutes » a interrogé des soldats de l’empire…

Thibaut Le Gal

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Bataille de Ligny, dernier échauffement avant celle de Waterloo.
Bataille de Ligny, dernier échauffement avant celle de Waterloo. — JOHN THYS / AFP

Canons nettoyés, poudre noire rangée, les fusils sont prêts. « Nous sommes en route pour Waterloo ». Benoît Histace appartient au 1er régiment des chasseurs de la Garde Impériale de Ligny. Avec une trentaine de soldats, l’agriculteur belge de 39 ans s’apprête à rejouer la bataille légendaire du 18 juin 1815. Forcément, une affaire de passionnés.

« J’ai longtemps collectionné des figurines et me suis toujours intéressé à l’histoire des batailles et des régiments », confirme Benoît Histace. « En habitant Ligny, ville d’une autre bataille historique de l’empereur, je ne pouvais qu’être attiré par cette période ».

 

Image d’illustration de Waterloo, Jean-Pierre Porcher/Sipa

 

« On dort sur de la paille, c’est très confortable »

Comme lui, plus de 5.000 figurants sont attendus au sud de Bruxelles pour revivre la défaite de Napoléon face aux troupes du duc de Wellington et du maréchal Blücher. Une plongée dans le passé. « En général, on arrive la veille pour monter le bivouac », explique Philippe Levret du 96e régiment d’infanterie de ligne. « On dort sur de la paille. Mais contrairement au foin, ça ne gratte pas, c’est très confortable ! Pour les repas, l’idée est d’avoir des aliments qui se cuisent au feu de bois, de la viande en bouillie avec du pain et du vin », ajoute-t-il.

Des conditions d’époque, ou presque. « Je triche un peu… je dors généralement sur un matelas pneumatique, avec un duvet », confesse Marc Nedot de l’Aulnoy, 57 ans. Le capitaine du génie des chasseurs à pieds de la Garde impériale retrouve « l’esprit de camaraderie et le respect de la hiérarchie » de ses seize années passées dans l’armée. Il lance, goguenard : « Sur le bivouac, on s’exerce au maniement des armes et à marcher au pas. Les petits jeunes, qui n’ont plus le service militaire, il faut leur apprendre tout ça ! ».

3.000 euros minimum d’équipements

Les figurants respectent le moindre détail, jusqu’au bouton de costume. « D’uniforme ! », corrige Benoît Histace. « Nous ne sommes pas dans le folklore mais dans une reconstitution historique. Les vêtements sont confectionnés par des couturiers spécialisés dans des tissus d’époque ». Philippe Levret poursuit : « C’est une passion de collectionneurs, donc elle coûte chère. La tenue complète avec le fusil, le sabre briquet, la giberne… C’est 3.000 euros minimum ».

Les « reconstitueurs » se rencontrent toute l’année pour réviser les mouvements. Sur les mornes plaines, point de hasard. « Il faut se connaître, se respecter les manœuvres de groupe de plus de 50 soldats », ajoute-t-il. Au milieu de l’infanterie, la cavalerie, et l’artillerie, c’est aussi une question de sécurité. « On doit rester bien serrés les uns les autres, ne pas tirer à courte distance pour éviter d’arroser les oreilles de nos camarades. Car même sans cartouches, les fusils chargés avec la poudre noire restent dangereux. Avec la fumée, on ne voit plus rien à 200 mètres ».

Image d’illustration Waterloo, Jean-Pierre Porcher/SIPA

« La boule au ventre »

L’activité est aussi très physique. « Il faut parfois marcher 3-4 km pour atteindre le champ de bataille. L’équipement donne chaud, un fusil, c’est 5 kg à porter », précise Benoît Histace. Mais à la fin du combat, seul le plaisir l’emporte. « Nous restons de grands enfants. Chacun joue un rôle. Sur le champ de bataille, on m’appelle capitaine, mais à la fin, je redeviens Marc », développe Marc Nedot de l’Aulnoy.

« J’ai parfois la boule au ventre à l’idée de commander 30 hommes », reconnaît Benoît Histace. « Mais c’est surtout très excitant, il y a une montée d’adrénaline, ça va être grandiose ». Il ajoute, ironique. « De de toute façon, on sait que l’on perd à la fin ».