Banlieue de Moscou (Russie), le 4 octobre 2014. Des hommes s'affrontent dans une partie d'Airsoft.
Banlieue de Moscou (Russie), le 4 octobre 2014. Des hommes s'affrontent dans une partie d'Airsoft. — DMITRY SEREBRYAKOV / AFP

DECRYPTAGE

Explosion mortelle en Haute-Loire: L'Airsoft, ce «jeu imbécile conseillé par des irresponsables» en cause

Né au Japon après la Seconde guerre mondiale, ce cousin du Paintball serait à l’origine de la mort de trois adolescents après une explosion samedi en Haute-Loire…

Les garçons ont toujours aimé jouer à la guerre. La fiction a semble-t-il tragiquement rejoint la réalité, samedi, dans la petite commune de Bas-en-Basset (Haute-Loire). Trois adolescents sont morts et un quatrième est grièvement blessé après une explosion qui a complètement ravagé une vieille bâtisse abandonnée.

Les faits : Les jeunes morts en Haute-Loire fabriquaient un fumigène

Selon les premiers éléments de l’enquête communiqués par Yves Dubuy, le vice-procureur de la République du Puy-en-Velay, les adolescents étaient en train de fabriquer un fumigène artisanal afin de l’utiliser lors d’une partie d’Airsoft, un jeu de guerre grandeur nature, quand celui-ci a explosé. 20 Minutes fait le point sur cette pratique.

Qu’est-ce que l’Airsoft ?

Cousin du Paintball, l’Airsoft met face à face deux équipes constituées de joueurs armés de pistolets à billes. Le but du jeu peut être de conquérir le terrain adverse, de faire des prisonniers ou de récupérer le drapeau de l’ennemi. Les armes envoient des billes de plastique de 6 ou 8 mm de diamètre.


Les participants revêtent souvent des tenues militaires et sont censés se protéger, à minima, les yeux à l’aide d’un masque protecteur. Les parties ont lieu en plein air dans des forêts ou des habitations ou immeubles désaffectés. Certains participants n’hésitent pas à fabriquer de façon artisanale des fumigènes afin de les utiliser durant les parties pour couvrir leur fuite ou dissimuler leurs actions aux yeux de l’ennemi.

Comment l’institution judiciaire le juge-t-il ?

Ce dimanche, le parquet du Puy-en-Velay a eu des mots très durs pour expliquer les circonstances qui ont conduit à la mort de ces trois adolescents. Yves Dubuy a ainsi expliqué que l’explosion était la conséquence d’un « jeu imbécile conseillé par des gens irresponsables ». Le vice-procureur dénonçait toutefois la pratique qui consiste à fabriquer des engins explosifs soi-même pour agrémenter les parties et non l’Airsoft en tant que tel.

Depuis quand ce jeu existe-t-il ?

L’Airsoft n’est pas le dernier jeu à la mode des adolescents. Il est né au Japon à la fin de la Seconde guerre mondiale. A l’époque, les armes à feu ont été interdites. Des fabricants ont donc imaginé des répliques d’armes lançant des billes de plastique. Il serait arrivé en France dans les années 1980.

Combien de personnes s’y adonnent en France ?

L’Airsoft dispose d’une Fédération présidée par Benoît Marius. Interrogé par La Montagne en septembre 2014, ce dernier estimait à 25.000 le nombre de personnes jouant à l’Airsoft « en association ou hors association ». Sa Fédération – qui travaille à obtenir l’agrément « jeunesse et d’éducation populaire » – revendique, selon lui, 1.600 membres dans 120 associations.

La pratique est-elle encadrée ?

Pas vraiment. Les seules règles de l’Airsoft sont fixées par les participants eux-mêmes. Le jeu s’appuie sur le fair-play. Un joueur touché par une bille adverse doit lui-même se déclarer « out » du jeu. Sur le même principe, les participants doivent respecter des distances minimales de sécurité avant d’ouvrir le feu sur un autre joueur.

Peut-on acheter ces armes factices en vente libre ?

Oui, les pistolets à bille sont disponibles en vente libre en France, de même que certains pétards et fumigènes. Mais certains n’hésitent pas à tenter de fabriquer eux-mêmes leurs fumigènes comme les adolescents de Bas-en-Basset. « J’ai eu la surprise de découvrir des recettes complètes sur Internet », a ainsi expliqué Yves Dubuy.

Sur de nombreux forums, les jeunes échangent en effet leurs conseils pour fabriquer ce type d’armes artisanales. « Ce sont des choses qu’on n’encourage surtout à ne pas faire », a réagi Benoît Marius au micro de BFM TV.

Fabriquer ce type de fumigène est-il légal ?

Non. Le Code pénal réprime la « fabrication non-autorisée d’engin explosif » et bien sûr tout type de « violences ». En octobre 2013, la préfecture de la Somme avait même pris un arrêté demandant l’interdiction de la vente d’acide chlorhydrique dans certaines communes après avoir constaté une « recrudescence de la fabrication d’engins explosifs » utilisant cet ingrédient.