Affaire Vincent Lambert: quels sont les différents degrés de conscience après un traumatisme ?

SANTÉ Car il existe bien différents états de conscience à la suite d'un traumatisme ou d'un AVC massif… 

Coline Clavaud-Mégevand

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Rachel Lambert, l'épouse de Vincent Lambert, devant la presse le 5 juin 2015 à Strasbourg
Rachel Lambert, l'épouse de Vincent Lambert, devant la presse le 5 juin 2015 à Strasbourg — PATRICK HERTZOG AFP

L’affaire Vincent Lambert a connu mercredi une nouvelle polémique avec la publication d’une vidéo où l’on voit le jeune homme sur son lit d’hôpital. Un moyen selon l’ami qui a tourné ces images de montrer que « Vincent n’est pas un légume en fin de vie » et qu’on observe chez lui des réactions aux stimulus. Pour le Docteur Vincent Morel, pneumologue et président de la Société Française de Soins Palliatifs, réagir et être conscient sont deux choses bien différentes.

Une partie de la famille de Vincent Lambert a voulu montrer qu’il avait des réactions. Un signe qu’il est conscient ?

Il existe schématiquement 4 états de conscience. Le premier, dans lequel nous sommes a priori vous et moi, est l’état de pleine conscience. Le deuxième est le locked-in syndrome, où le patient, généralement après un AVC massif, est en plein état de conscience, mais reste incapable de communiquer autrement que par des mouvements d’yeux. Le troisième est l’état pauci-relationnel : le patient connaît une paralysie et possède un degré de conscience faible, plus ou moins fluctuant. C’était l’état de Vincent Lambert lorsque des tests ont été pratiqués en Belgique. Il y a enfin l’état végétatif, où il n’y a plus du tout de conscience.

Dans ces quatre états, on observe des réactions du corps qui sont des réflexes. Si on vous cogne le genou, votre pied va se lever, mais « l’ordre » est passé de la jambe à la moelle épinière jusqu’au pied, jamais par le cerveau. Ces mouvements ne sont donc pas un indicateur du degré de conscience.

Comment définir dans quel état est le patient ?
Le corps médical possède des grilles pour ces différents états. Le premier est évident à définir. Pour le deuxième, on sait que certains types de lésions provoquent des locked-in syndrome et on observe que la personne réagit, communique avec ses yeux. Pour les deux cas suivants, l’équipe médicale va répéter en permanence des séries de tests. On va part exemple faire du bruit 5 fois près de l’oreille patient ou lui montrer un miroir. Si on observe à chaque fois des réactions appropriées et qu’elles se reproduisent quand on refait les exercices, on peut les associer à un état de conscience. En plus de ces tests cliniques, on fait aussi des IRM, des tep scans… afin d’identifier des lésions ou des connexions dans le cerveau du patient, mais aussi des réponses à des stimulus qui apparaissent lors de ces tests.

Existe-t-il également des grilles pour évaluer la douleur du patient mais aussi les espoirs de le voir aller mieux ?

En matière de prise en charge de la douleur, les traumatismes et les AVC peuvent altérer le parcours de la douleur, donc la règle est le principe de précaution. On observe toutes les réactions du patient, on traite au moindre doute. Pour ce qui est des évolutions, il existe pour le corps médical 3 possibilités : la stabilité, l’amélioration, la dégradation, en fonction de quoi on prend des décisions. Dans le cas de Vincent Lambert, la Cour des droits de l’homme a fait son choix en observant que son état s’était malheureusement dégradé, est qu’il est actuellement végétatif sans chance d’amélioration.