VIDEO. J'ai testé le vol Zéro-G en apesanteur

ESPACE Le Centre national d’études spatiales (Cnes) a convié un journaliste de « 20 Minutes » à un vol scientifique en microgravité…

Vincent Vantighem
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Airbus A310 ZERO-G. Un journaliste de 20 Minutes» participe à un vol parabolique en apesanteur.
Airbus A310 ZERO-G. Un journaliste de 20 Minutes» participe à un vol parabolique en apesanteur. — V. VANTIGHEM / 20 MINUTES

De notre envoyé spécial en apesanteur…

« Merci de bien veiller à refermer votre sac à vomi après utilisation au risque de tout voir ressortir dans l’appareil… » Sanglé sur son siège, mon voisin sourit à l’annonce de cette drôle de consigne de sécurité mais il n’est pas plus rassuré que moi. Mardi 19 mai, j’ai embarqué sur l’Airbus A 310 Zéro-G de Novespace. Parqué sur l’aéroport de Mérignac (Gironde), l’appareil est aujourd’hui le seul en Europe à reproduire en vol les conditions d’apesanteur auxquelles sont soumis les astronautes dans l’espace.

Quand un mois plus tôt, le Centre national d’études spatiales (Cnes) m’a proposé d’embarquer avec une vingtaine de scientifiques, l’excitation l’emportait sur l’appréhension. Au moment où les roues de l’appareil quittent le tarmac, c’est carrément l’inverse. « Ne vous inquiétez, je vais rester avec vous au début », souffle le médecin à bord. Une heure plus tôt, c’est lui qui a administré une dose de Scopolamine aux 43 passagers afin d’éviter de souffrir du mal de l’air.

« On va s’allonger par terre dans la carlingue… », indique-t-il aux plus apeurés d’entre nous en attendant que la voix de Loïc Bernard nous fasse quitter la terre ferme. « Injection ! », lâche justement le Captain dans les haut-parleurs. Doucement mais irrésistiblement, le corps s’élève alors vers le plafond. On nage ? Non, on flotte. A moins qu’on ne vole carrément ? Difficile de décrire cette sensation extraterrestre. « Essayez de parler du goût du chocolat à quelqu’un qui n’en a jamais mangé… », avait prévenu, la veille, l’astronaute Jean-François Clervoy, président de Novespace.

Cabriole non maîtrisée et pilotes potaches

Très vite, on se rend compte que pédaler dans les airs n’est d’aucune utilité pour rejoindre le sol. Heureusement, les agents de Novespace ceints d’une combinaison orange sont présents pour stabiliser les filles de l’air. Même s’ils ne peuvent m’éviter de m’emplafonner violemment après une « cabriole » téméraire et pas vraiment maîtrisée.

A l’avant de l’appareil, un compteur indique que l’A310 Zéro-G a déjà effectué trois paraboles. Il en reste donc 28. C’est le seul moyen pour reproduire les conditions de microgravité. A 20.000 pieds d’altitude au-dessus de la Bretagne, le pilote tire sur le manche pour cabrer l’appareil vers le ciel. Une forte pesanteur s’instaure alors. Les corps pèsent 1,8 fois leurs poids sur Terre transformant chaque pas en entraînement complet pour le marathon.

Manœuvre parabolique de l’Airbus A310 Zéro-G. - NOVESPACE


A ce moment-là, le pilote réduit le régime moteur et lâche le manche. L’avion effectue une parabole et offre 22 secondes d’apesanteur avant de piquer carrément vers le sol. La manœuvre nécessite une telle concentration que les pilotes sont quatre à se relayer aux commandes. Habitués aux conditions extrêmes des avions de chasse, ils rivalisent de blagues potaches pour détendre l’atmosphère. C’est bien connu, « il vaut mieux un pilote plein qu’un réservoir vide… »

La crevette supporte mieux l’apesanteur que son maître

Les scientifiques n’ont, eux, pas le temps de s’envoyer en l’air et d’apprécier les calembours. Prenant leur courage à deux mains et leur sac vomitoire dans l’autre, ils tentent de mener à bien les expériences. Physique, recherche médicale, les tests servent surtout aux futures missions spatiales.

L’Airbus A 310 Zéro-G - CNES/DUCROS David, 2009
 

Un cobaye couvert de capteurs fait du vélo d’appartement tandis que des mécaniciens déploient un bras articulé censé équiper, à terme, la Station spatiale internationale. Il y a même une crevette qui semble mieux supporter l’apesanteur que son « maître ».

Prix du billet : 6.000 euros pour un particulier

Surtout, ces vols paraboliques permettent aussi d’entraîner les futurs astronautes avant leur grand bond en avant. Ce jour-là, trois experts de l’Agence spatiale européenne sont à bord pour mettre au point le programme sur lequel le Français Thomas Pesquet s’entraînera avant de s’envoler pour la Station spatiale internationale.

Portrait : Qui est Thomas Pesquet, le futur astronaute français ?

Difficile de prétendre à la même destinée que ce beau gosse qui parle cinq langues. Mais si vous n’avez pas peur de tomber dans les pommes qui ont justement permis à Newton de définir les lois de la gravité, Novespace propose aussi des vols aux particuliers. Le billet coûte 6.000 euros. Plus cher qu’un costume de superman. Mais nettement plus excitant qu’une soirée déguisée.