«Disparues de l’A6»: Jean-Pierre Mura devant les assises pour le meurtre de Christelle Maillery

JUSTICE L’adolescente de 16 ans a été tuée de 33 coups de couteau en 1986 au Creusot…

William Molinié

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Christelle Maillery, une adolescente de 16 ans a été retrouvée morte lardée de 33 coups de couteau.
Christelle Maillery, une adolescente de 16 ans a été retrouvée morte lardée de 33 coups de couteau. — 20 Minutes

Trente longues années d’attente. Ce mercredi après-midi, le procès du meurtre de Christelle Maillery, tuée en 1986 au Creusot, va s’ouvrir devant la cour d’assises de Saône-et-Loire. Le premier d’une série d’une dizaine de meurtres non élucidés de jeunes filles surnommées « les disparues de l’A6 ». Toutes ont été tuées dans les années 1980 et 1990 dans un triangle, le long de l’autoroute, entre Mâcon, Chalon-sur-Saône et Montceau-les-Mines.

Jusqu’à présent, la justice n’a retrouvé aucun meurtrier. Sauf, peut-être, celui de Christelle, Jean-Pierre Mura, soupçonné de lui avoir porté 33 coups de couteau dans une cave HLM d’une cité à quelques centaines de mètres de chez elle. Ce jour-là, le 18 décembre 1986, le facteur, qui faisait sa tournée, a vu un homme s’enfuir de l’immeuble avant de le bousculer sur un sentier qui mène à l’entrée du sous-sol où le corps est retrouvé.

>> EN IMAGE - Les cold case des « disparues de l’A6 »

 

Affiche de l’association Christelle - DR

 

Les couteaux parlent

Il y a trente ans, l’ADN n’existait pas. Les précautions pour préserver la scène de crime, souillée par les policiers, non plus. Faute d’éléments, un non-lieu est prononcé en 1990. Les scellés sont détruits. Un détective privé, engagé par l’association Christelle qui regroupe une partie des dossiers des « disparues de l’A6 » réétudie l’environnement de la victime. La justice rouvre le dossier en 2005. A plusieurs reprises, Jean-Pierre Mura s’accuse du meurtre de Christelle. « Mais on le prenait pour quelqu’un qui s’inventait des histoires », explique Corinne Herrmann, l’avocate des parties civiles.

En décembre 2011, il est arrêté par les policiers et entendu. Chez lui, des dizaines de couteaux sont retrouvés. Les lames sont comparées à celles du couteau de la scène de crime, détruit, mais pris en photo par les enquêteurs. « Les lames saisies et celle prise en photo ont été aiguisées par la même meule et par le ou les mêmes personnes », détaille auprès de 20 Minutes Didier Seban, un autre avocat des parties civiles.

L’expertise s’appuie notamment sur « quatre points » communs de « stigmates d’affûtage » laissées par la meule, un peu comme en ballistique lorsque les experts comparent le canon d’un fusil et les traces laissées sur la balle. Ces éléments, ainsi que d’autres témoignages, permettent au juge de mettre en examen le suspect. Mais alors qu’il s’était dénoncé de lui-même quelques années auparavant, Jean-Pierre Mura se mure dans le silence.

 

Google map des « disparues de l’A6 » - 20 Minutes

 

Rouvrir les autres dossiers

En raison de son état de santé, le quadragénaire doit séjourner dans une unité psychiatrique. Une des expertises conclut à une possible altération de son discernement au moment des faits. Son avocat, Michel Grebot, le dit « schizophrène » et rappelle une autre déclaration de culpabilité qu’il aurait faite « en pleine crise ».

Ancien métallier, Jean-Pierre Mura risque trente ans de réclusion criminelle. Au-delà du meurtre de Christelle Maillery, les autres familles des « disparues de l’A6 » attendent beaucoup de ce premier procès. D’abord pour savoir si l’homme qui se présentera dans le box a pu commettre d’autres crimes. Et surtout montrer l’importance à ce que la justice se donne les moyens pour commander des expertises ADN pour tous les dossiers qui comportent des scellés.

« Contrairement à ce qu’on pourrait penser, trente ans après, [les suspects] ne sont pas des vieillards mais des hommes d’environ 50 ans et donc on pense qu’il y a urgence à traiter les dossiers anciens », conclu Me Herrmann. Le verdict est attendu au plus tard le 19 juin.