Violences sexuelles, châtiments corporels: En France, les enfants ne sont pas assez protégés selon l'Unicef

VIOLENCES Les enfants sont trop souvent menacés par des violences selon le rapport choc de l'Unicef dévoilé mardi...

Claire Chédeville

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Illustration ; Les enfants ne sont pas assez protégés contre les violences en France.
Illustration ; Les enfants ne sont pas assez protégés contre les violences en France. — SERGE POUZET/SIPA

C’est un des points évoqué par le rapport choc de l’Unicef publié mardi. L’organisation estime que « la protection des enfants contre toute forme de violence n’est pas encore assurée en France. »

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La majorité des viols commis sur des mineurs

Elle appelle ainsi l’Hexagone « à changer d’envergure dans les actions de prévention » sur le sujet des violences sexuelles. Selon l’Association Mémoire traumatique et victimologie « 15 à 20 % des enfants d’une même classe d’âge subirait des violences sexuelles. » Si l’on rapporte ces chiffres aux études de victimation, il est estimé que 120.000 filles et 22.000 garçons seraient victimes de viols ou de tentatives de viols chaque année. « C’est-à-dire un enfant toutes les trois minutes ! », calcule l'association. Les chiffres sont effarants car la majorité des viols ou des tentatives de viols seraient commis sur des mineurs (59 % des filles, et 67 % des garçons). Selon l’association, dans 80 % des cas, l’agression est exécutée par un membre de la famille, l’entourage proche, ou dans le cadre des activités scolaires et parascolaires.

Dans ce contexte, l’Unicef recommande de « diffuser à une grande échelle des campagnes destinées au grand public afin de prévenir les violences sexuelles à l’encontre des mineurs et d’informer les auteurs potentiels des sanctions pénales encourues et de mettre en place des actions de prévention notamment au sein des établissements scolaires.

Les châtiments corporels toujours autorisés

Autre constat de l’Unicef : 25 ans après l’adoption de la convention relative aux droits de l’enfant, la France n’interdit toujours pas au sein de la famille « le recours aux violences éducatives, physiques comme psychologiques, basés sur les châtiments corporels, la peur, l’humiliation et la privation ». Et de s’interroger : « Comment peut-on encore tolérer que les enfants, personnes vulnérables, fragiles et dépendantes, soient les seuls en France dont les adultes n’aient pas à respecter totalement l’intégrité physique et psychique, et qu’ils puissent taper, gifler, pincer, fesser, humilier sous couvert d’éducation et de droit de correction ? »

Pour le rapport de l’Unicef, les Français ne sont pas assez renseignés sur les conséquences traumatiques des violences éducatives ce qui conduirait à une banalisation des violeces éducatives. « Les enfants qui ont subi des châtiments corporels peuvent présenter des qualités moindres d’altruisme, d’empathie et de jugement moral », explique le Dr Muriel Salmona, psychiatre, psycho-traumatologue.

Le rapport de l’Unicef souhaite donc que soit affirmé « le droit des enfants à une éducation sans violence, y compris au sein de leur famille, par l’inscription d’une mention spécifique dans le code civil » et appelle au développement « des parcours et outils pédagogiques à destination des parents et futurs parents pour changer durablement les pratiques éducatives ».

Pas sûr que cette recommandation soit suivie d’effet. Alors que le Conseil de l’Europe a récement estimé que la France viole la Charte sociale européenne en n’interdisant, ni par la loi ni par la jurisprudence, les châtiments corporels aux enfants tels que la fessée, le gouvernement a fait savoir qu’il ne changerait pas sa législation.