«La défiance envers le pouvoir et François Hollande se répercute sur tous les partis de gauche»

INTERVIEW Selon un sondage BVA publié dimanche, a ucun parti ne comprend les problèmes de la France...

Propos recueillis par F.V.
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Manuel Valls et François Hollande, le 8 mai 2015.
Manuel Valls et François Hollande, le 8 mai 2015. — SIPA

Les partis ne comprennent pas «les problèmes» de la France, selon un sondage* BVA pour Orange et iTélé publié dimanche. Quand on demande aux Français : «Estimez-vous que ce parti comprend bien les problèmes qui se posent en France?», en désignant huit partis politiques (UDI, MoDem, Les Républicains, FN, PS, PG, EELV et PCF), une majorité de personnes interrogées - entre 49% et 76% - répond : «non, plutôt pas».

C'est l'UDI (Union des démocrates et indépendants) qui remporte le meilleur score (46% de «oui plutôt»), devant le MoDem (38%), puis Les Républicains (ex-UMP) (36%), le FN (33%), le PS (26%), le PG (25%), EELV (22%), PCF (19%).

Guillaume Inigo, chargé d'études à BVA, éclaire ces résultats pour 20 Minutes.

Etrangement, ce sont les partis centristes qui obtiennent les meilleurs scores, alors que ceux qu'ils remportent aux élections restent modestes. Comment l'expliquez-vous ?

Les partis centristes sont moins clivants, plus consensuels, et abordent des thématiques plus économiques que les autres, ce qui correspond à la préoccupation principale des Français. Ils sont aussi moins présents dans l'actualité sur des sujets dits «délicats».

Ce résultat ne se traduit pas en voix aux élections parce que lorsque les Français votent, ils le font clairement pour la droite ou la gauche. Avoir une bonne image ne fait pas un bon candidat.

Ce sondage témoigne, une fois de plus, de la défiance des Français envers la politique...

Il n'est pas rassurant pour les partis politiques. Ce n'est pas une fracture pour autant mais une distance. Elle est due au fait que les partis politiques sont là pour proposer un programme collectif pour le pays et abordent de grands débats sur la société, alors que les Français, dont la situation s'est dégradée avec la crise, sont axés sur des problématiques individuelles comme le chômage, le pouvoir d'achat, etc. Ils attendent plus une action pour améliorer leur quotidien.

Dans ce sondage, les partis de gauche ont les scores les plus faibles...

Oui, ils apparaissent comme décrédibilisés, qu'ils aient ou non participé à la majorité gouvernementale. On constate qu'il n'y a pas de prime à un parti de gauche qui serait «opposant» au PS. C'est le signe que la défiance envers le pouvoir et Français Hollande se répercute sur l'ensemble des partis de gauche, quand bien même ils ne soutiennent pas la politique gouvernementale.

A l'inverse, le Front national a un score important, à 33%...

C'est énorme, alors que le FN reste très clivant. Mais pour une partie des Français, il trouve un certain écho.

A deux ans de la présidentielle, le parti les Républicains (ex-UMP) fait quant à lui à peine plus, 36%. Passable ?

Pour un ancien parti gouvernemental, c'est mieux que le PS, mais ce n'est pas réjouissant pour autant. Les Républicains peuvent toutefois s'appuyer sur leurs sympathisants, qui sont 91% à estimer que le parti comprend bien les problèmes des Français. Au PS, leurs sympathisants ne sont que 72%. C'est une différence notable. Dans la course à la présidentielle qui commence, où la première phase consiste à rassembler son propre camp, on voit que la tâche sera plus facile pour les Républicains que pour le PS.

* Ce sondage a été réalisé les 4 et 5 juin par internet auprès d'un échantillon de 983 personnes représentative de la population française, selon la méthode des quotas.