Concours d'enseignants :Le métier de prof séduit-il à nouveau?

EDUCATION La ministre de l'Education et les syndicats n'ont pas la même manière d'interpréter les statistiques...

Delphine Bancaud

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Illustration d'une enseignante faisant classe en primaire.
Illustration d'une enseignante faisant classe en primaire. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Le métier d’enseignant séduirait-il à nouveau ? Selon un communiqué du ministère de l’Education diffusé jeudi, les premiers résultats d’admissibilité aux concours d’enseignants, témoigneraient d’une « amélioration du recrutement ».

Pour le premier degré, 18.592 candidats sont admissibles aux concours cette année pour 11.728 postes ouverts, soit un taux de 1,59 candidats admissibles par poste contre 1,46 en 2013. Des chiffres « en nette amélioration par rapport aux années précédentes » et qui « devraient permettre de pourvoir l’ensemble des postes ouverts », selon le ministère.

Des disparités régionales

Une vision optimiste contestée par Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, qui l’interprète comme « une forme de satisfecit de Najat Vallaud-Belkacem ». Car d’après lui, le taux d’admissibilité de 1,59 par poste « est le plus bas depuis 10 ans, hormis l’année 2013. On reste loin des taux des années 2000 à 2011 où il y avait plus de deux candidats admissibles pour un poste offert. » Par ailleurs, si on regarde les chiffres académie par académie, la réalité est contrastée. « L’admissibilité dans certaines académies (comme Bordeaux, la Guadeloupe, Nantes, Nice, Orléans et Rennes) progresse. Mais d’autres académies (comme Caen, Lille, Clermont, Paris, Strasbourg…) continuent à attirer de moins en moins de candidats », explique Sébastien Sihr. Il souligne aussi la situation difficile de l’académie de Créteil qui compte un taux de 1,05 candidats admissibles cette année, encore moins que les années précédentes.

Des disciplines encore déficitaires dans le secondaire

Concernant le second degré, les résultats d’admissibilité encore partiels confirmeraient également « l’amélioration du recrutement, y compris dans les disciplines qui connaissent des difficultés depuis plusieurs années », selon le ministère. C’est le cas des mathématiques, des lettres modernes et de l’Anglais, selon le ministère. Un enthousiasme que tempère aussi Frédéric Sève, secrétaire général du Sgen-CFDT. « La ministre de l’Education crie victoire un peu vite, car on ne peut en conclure qu’il y ait un regain d’intérêt pour le métier. Les chiffres d’admissibilité dépendent surtout de l’attitude du jury et de la qualité des candidats. » Selon lui, lors des périodes de fort chômage, les candidats aux concours d’enseignants sont aussi toujours plus nombreux. L’allemand et les lettres classiques demeurent par exemple des disciplines qui rencontrent encore cette année de fortes difficultés de recrutement.

« On a besoin de toi » : Une spot télé pour recruter des profs

Pour les syndicats, la crise des vocations n’est donc pas enrayée. Pour y parvenir « il faut des mesures générales de revalorisation salariale et d’amélioration de la formation. Et des mesures spécifiques dans les académies en grandes difficultés, avec la mise en place de pré-recrutement », avance Sébastien Sihr.