Les faux médicaments, un marché lucratif en pleine expansion

SOCIETE Les médicaments sont désormais en tête des produits les plus copiés. Focus à l’occasion de la journée mondiale de la contrefaçon…

F.V.

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Médicaments (illustration).
Médicaments (illustration). — N. Bonzom / Maxele Presse / 20 Minutes

Les mafias ont trouvé un nouveau business : les faux médicaments. Un marché vingt fois plus lucratif que le trafic de drogue, avec des bénéfices estimés à 200 milliards de dollars. A titre de comparaison, le chiffre d'affaire de l'industrie pharmaceutique est de 900 milliards de dollars, selon l’Institut International de Recherche Anti-Contrefaçon de Médicaments (IRACM).

Les médicaments sont désormais en tête des produits les plus copiés, représentant près de 29,5% du total des contrefaçons saisies. En 2014, les douanes françaises ont intercepté plus de 2,5 millions de contrefaçons, contre 35.000 en 2010 et 95.300 en 2012. «Pour les réseaux mafieux, le coût de revient est quasi-nul avec une marge jusqu’à 100%», explique Régis Messali, porte-parole de l’association L'Union des Fabricants (Unifab).

Parmi les médicaments les plus copiés : les amaigrissants, les anabolisants et le Viagra. Faute d’oser les demander à leur médecin, les adeptes préfèrent acheter sur internet, où un médicament sur deux est faux.

Risques sanitaires

A l’occasion de journée mondiale anti-contrefaçon ce 24 juin, Bernard Leroy, directeur de l’IRACM, s’inquiète des conséquences sanitaires d’un tel marché. «Les faux médicaments peuvent entraîner des échecs thérapeutiques, voire la mort», prévient-il. En 2013, 122 350 enfants africains sont décédés à cause d’un faux antipaludéen. «On observe une tendance qui monte avec les médicaments liquides que les trafiquants diluent. C’est notamment le cas d’un médicament anti-cancéreux qui a été distribué dans beaucoup de pays européens», ajoute-t- il.

Si en France, seulement 1% des médicaments sont contrefaits, le phénomène sévit particulièrement en Afrique, où la contrefaçon représenterait 30% des traitements, mais aussi en Asie du Sud-Est et dans certains pays d’Amérique latine. Face à son développement à grande échelle, Bernard Leroy s’inquiète de la passivité des Etats. Au niveau européen, la Convention Médicrime, signée en 2011 par 23 pays pour mutualiser la lutte contre les médicaments contrefaits, n'a été ratifiée que par cinq d'entre eux (Ukraine, Espagne, Hongrie, Moldavie et Guinée). «C’est honteux !», affirme le directeur de l’IRACM.

Selon lui, «il y a une absence de stratégie des gouvernements», d’autant que les filières sont difficiles à remonter, et «les peines encourues sont ridicules : de 6 jours à 6 mois de prison». Ces lenteurs profitent aux trafiquants, flexibles et réactifs. Ainsi, à l’apparition de l'épidémie Ebola et de la grippe H1N1, «en un mois des faux traitements étaient en vente sur le web», souligne Bernard Leroy.

Saisie de près de dix millions de médicaments contrefaits

Quelques opérations ont toutefois porté leurs fruits. En Italie, l’opération Pharmatraffic a permis d'arrêter cinquante personnes impliquées dans un trafic international de produits pharmaceutiques volés. Dérobés dans des hôpitaux ou lors de leur transport, les médicaments étaient reconditionnés et revendus en Italie et à l'étranger.

L'opération la plus importante d'Interpol s'est déroulée en mai 2014, dans 111 pays, conduisant à la saisie de près de dix millions de médicaments contrefaits, la fermeture de 12.000 sites internet et des centaines d'arrestations.