VIDEO. Pourquoi les classes de découverte sont-elles devenues si rares?

EDUCATION Les classes transplantées sont victimes de la baisse de moyens des collectivités ces dernières années…  

Delphine Bancaud

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Illustration de classe verte
Illustration de classe verte — JAUBERT/SIPA

Une semaine avec sa classe pour découvrir la faune et la flore, apprendre à vivre en collectivité et découvrir la maîtresse sous un nouveau jour. Une aubaine qui est devenue un privilège ces dernières années. Car les classes de découverte sont en forte diminution pour les élèves du primaire et même inexistantes dans certains territoires.

En 2004, une députée UMP, Béatrice Pavy, dénonçait déjà dans un rapport la forte diminution de ces séjours scolaires. Une situation qui s’est encore aggravée, constate Pierre Laurembourle, porte-paroles de l’Unosel (Union nationale des organisations de séjours éducatifs, linguistiques) : « Depuis trois ans, les départs sont en forte baisse, notamment pour des raisons financières, les aides des collectivités pour les financer ayant fortement diminué ». La baisse des dotations de l’Etat aux collectivités ces dernières années et la mise en place de la réforme des rythmes scolaires a en effet fortement impacté le budget éducation des municipalités. Celles-ci ont dû faire des choix et souvent sacrifier le budget alloué aux classes transplantées, ce que dénoncent régulièrment les associations locales de parents d’élèves. Contactés par 20 minutes, ni le ministère de l’Education, ni celui de la jeunesse et des sports, n’ont en revanche donné des chiffres sur le sujet..

Classes de découverte: «C'était génial! Les balades en montagne, le glacier, les cours sur la faune et la flore...»

Les réticences des enseignants

Quant aux familles, la crise a eu un impact sur leur pouvoir d’achat, ce qui rend difficile une prise en charge totale de ce type de voyage. « Dans les écoles qui souhaitent maintenir ces classes transplantées coûte que coûte, on a vu se multiplier les kermesses afin de financer une partie des voyages », constate Rodriguo Arenas, secrétaire général adjoint de la Fcpe. « Les écoles situées dans les villes les plus favorisées ont aussi plus tendance à maintenir les départs que dans les villes pauvres, ce qui pose une fois de plus la question des inégalités territoriales », ajoute-t-il.

Outre le frein financier, les contraintes administratives pour organiser ce type de voyages semblent de plus en plus pesantes, comme le souligne Pierre Laurembourle : « Les dossiers demandés sont assez complexes et il faut les déposer huit semaines avant le départ. C’est assez lourd à gérer pour les enseignants, d’autant qu’ils doivent le faire sur leur temps personnel ». La médiatisation d’incidents survenus lors de voyages scolaires a aussi découragé beaucoup de bonnes volontés, selon Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU : « Le processus de judiciarisation de la société s’est accéléré ces dernières années. Et l’arsenal réglementaire concernant l’organisation de classes transplantées dissuade beaucoup d’enseignants, qui craignent d’être poursuivis au moindre incident ».

Un bonus pédagogique en moins

Un déclin des classes de découverte qui a des répercussions sur les enfants, « surtout sur ceux qui ne sortent jamais de leur milieu familial », souligne Rodiguo Arenas. « La classe de découverte, c’est l’école ouverte, qui a une vertu socialisante pour les élèves et une vertu pédagogique, car c’est l’occasion pour eux d’apprendre en réel », insiste Sébastien Sihr. « Ça permet aux élèves de voir leurs enseignants sous un autre jour et à ces derniers de découvrir les talents cachés de certains enfants », renchérit Pierre Laurembourle.

« Il faudrait intégrer la mobilité comme un facteur d’éducation », souligne Rodriguo Arenas, qui souhaiterait que l’Etat s’engage à nouveau sur le financement de ce type de voyages. Un vœu qui devrait rester pieu au regard de l’état des finances publiques.