Hébergement prolongé pour les migrants évacués de La Chapelle

SOCIAL Leur hébergement va être prolongé de quatre nuits, mais «une difficulté demeure pour 77 places» en raison de la saturation du parc hôtelier...

B.D. avec AFP

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Evacuation du campement de migrants de La Chapelle le 2 juin 2015 à Paris
Evacuation du campement de migrants de La Chapelle le 2 juin 2015 à Paris — JOEL SAGET AFP

Ils ne retourneront pas (tout de suite) à la rue. Les migrants évacués mardi du campement parisien de La Chapelle, qui risquaient pour certains de se retrouver à la rue dès vendredi, verront en grande majorité leur hébergement prolongé de quatre nuits, a-t-on appris auprès du Samu social de Paris.

«Suite à une réunion avec l'Etat, la décision a été prise de prolonger l'hébergement des personnes évacuées jusqu'à mardi», a déclaré le Samu social. «Une difficulté demeure pour 77 places» en raison de la saturation du parc hôtelier à l'approche notamment du salon aéronautique, a-t-on précisé de même source dans la soirée, ce qui signifie qu'une partie risque malgré tout de se retrouver sans hébergement vendredi. Mais tout sera mis en oeuvre pour leur trouver une solution, a-t-on assuré.

224 personnes hébergées en Ile-de-France

Ces migrants «en transit» devaient à l'origine bénéficier d'un hébergement de trois nuits, soit jusqu'à vendredi. La décision a également prise de fournir des petits déjeuners aux personnes hébergées et de demander à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) de visiter les hôtels afin de recenser les personnes qui auraient pu être mal orientées, a-t-on précisé de même source.

Sollicitée, la préfecture de police n'a pas fait de commentaire. Le préfet de police de Paris, Bernard Boucault, avait assuré à l'issue de l'évacuation que des propositions d'hébergement avait été faites «à toutes les personnes présentes sur le campement». Ces propositions prévoyaient que les demandeurs d'asile soient orientés vers des centres d'accueil ou Cada, que les familles entrent dans des dispositifs hôteliers durables et que les autres, «en transit», soient orientés vers des hôtels.

Ainsi 224 personnes ont été hébergées en Ile-de-France, voire pour certaines à Beauvais (Oise). Mais des dysfonctionnements ont rapidement été pointés par les associations, comme la mauvaise orientation de certains demandeurs d'asile en hébergement d'urgence ou le retour à la rue de certains dès le lendemain de l'évacuation.

Risque de constitution d'un nouveau campement

Des associatifs et certains élus de gauche s'inquiètent aussi du risque qu'un nouveau campement ne se reconstitue ailleurs si aucun hébergement pérenne n'est proposé à ces migrants qui connaissent mal la ville et ne parlent pas le français pour la plupart. Ainsi une centaine de personnes, présentées par les militants venus les aider comme des évacués de La Chapelle, ont passé la nuit de mercredi à jeudi dans des locaux associatifs rue Saint-Bruno, à Paris, non loin de l'ancien campement.

«Certains ont été emmenés en bus et lâchés devant un centre sans explications, donc ils sont revenus ici. D'autres étaient absents au moment de l'évacuation», a assuré Sylvie Lhoste de l'association Entraides citoyennes, qui a organisé l'hébergement dans cette salle en face de l'église Saint-Bernard, restée célèbre pour l'occupation par des sans-papiers en 1996.

«Je suis nouveau ici»

Difficile toutefois de savoir qui sont exactement ces migrants. «Il y a un peu toutes les situations. Un jeune avait été recensé, il avait son rendez-vous en préfecture mais il était seul dans la nature», a expliqué Gérald Briant, élu communiste chargé des affaires sociales à la mairie du XVIIIe arrondissement. Mais Abdallah, un Erythréen de 20 ans, dit être arrivé la veille via l'Italie. «Je suis nouveau ici. Je ne sais pas si c'est normal, tous ces migrants qui dorment dehors», explique-t-il dans un anglais hésitant.

Jeudi en tout cas, le site de l'ancien campement sous la ligne de métro aérien avait été entièrement nettoyé et son accès bloqué par des barrières de chantier. Deux employés d'une société de gardiennage veillaient, avec leur chien, à ce que nul ne pénètre sur le site.