VIDEO. Running: On a tenté une course verticale (ça fait mal aux cuisses)

SPORT Colorées, musicales ou verticales, les courses à concept se multiplient pour attirer les coureurs...

Romain Gouloumes

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Organisée par l’ONG Pl4y International, la 3e édition de la VertiGO a permis de récolter 220 000€.
Organisée par l’ONG Pl4y International, la 3e édition de la VertiGO a permis de récolter 220 000€. — H. Bibila / Pl4y international

Quand bien meme je voudrais, je ne pourrais pas toutes les courir. Depuis quelques années, c’est la grande mode des courses à concept. Prenez un parcours de quelques kilomètres, ajoutez-y des obstacles en bois, une soirée en boîte ou des poches de pigments colorés, et vous tenez le vôtre. Celui des courses verticales, c’est la marche. Blanche, perpendiculaire au sol : la marche qu’on trouve dans les escaliers de service des plus grandes tours du monde.

L'ascension de notre journaliste en vidéo

Quand on m’a proposé de m’inscrire à la Vertigo, la première chose que j’ai faite, c’est de voir de quelle tour il s’agissait. Mauvaise idée. Avec ses 231m vitrés érigés en plein coeur de la Défense, First est la plus grande tour de bureaux de France. Ce que je retiens surtout, c’est les 954 marches et 48 étages qui me séparent du sommet. Voilà pour les chiffres.

L’Empire contre-attaque (en Nike) (photo Pl4y international)

Attention, ça ne rigole pas. « C’est très physique, m’avait prévenu le blogueur Jean-Pierre Giorgi, qui l’a déjà courue l’an dernier. Contrairement à une Mud Day ou une Colour Run où on peut s’amuser et discuter avec ses copains, là ce n’est clairement pas possible. » Je le vois assez vite au profil des coureurs. Du marathonien au runner suréquipé, tous les concurrents sont là pour faire un temps. Les meilleurs mettront moins de 5 minutes. Personnellement, je table sur une fourchette généreuse de 8 à 10.

Par mesure de précaution, les grimpeurs ne s’élancent que par groupe. Dans le mien, ce n’est pas la grande ambiance. Devant la ligne de départ, tout le monde s’échauffe tranquillement tout en se plaçant bien. La cage d’escalier laissera peu d’espace pour déboîter et doubler.

Je me fais quand même deux copains, Pierre-Nathanaël et Estelle. La trentaine, l’habitude de courir, et l’envie de changer des mêmes kilomètres de bitume. Pour ne plus tourner en rond, ils s’essayent à la spirale d’escaliers. « J’ai déjà testé les courses à obstacles, me raconte Pierre-Nathanaël. Cette fois, les conditions physiques et les muscles sollicités sont totalement différents. L’effort est plus court, beaucoup plus intense que sur un parcours classique. »

Un départ (presque) en trombe

Et puis c’est le signal. Pour vous faire une idée, imaginez à un exercice d’évacuation incendie, mais à l’envers. Tout le monde se rue vers l’entrée du bâtiment puis la cage de service. Dès la première marche, j’applique à peu près la même stratégie que le reste du groupe.

« Partez lentement », m’a conseillé le vainqueur de l’édition 2014 (et 2015, ainsi que je l’apprendrai plus tard), Piotr Lobodzinski. Enfin, pas trop non plus. Parce qu’en bas, ça bouchonne. Deux coureurs peuvent monter de front, à tout casser. Au coeur de l’affrontement, un accès à la rambarde intérieure. Je patiente en trottinant. Sur les 48 étages, le groupe va progressivement se distendre et l’écart se creuser.

Pardon, c’est par où la course en costard ? (Photo Pl4y international )

Ce n’est pas pour dire mais les 20 premiers étages passent plutôt bien. Le bémol, je le sais, c’est les 28 autres. A ce moment de la course, on ne dirait pas non à des supporters ou un speaker plein d’entrain. Faute de mieux, je me contente d’un tête à tête avec mes baskets.

La sensation de solitude est renforcée par le peu de bruits qui résonnent dans la cage. Les poumons sont trop occupés pour parler. Les seules que j’entends, ce sont mes cuisses. Chaque poussée arrache un souffle. En vérité, je ne cours plus depuis un moment. En m’aidant de la rambarde, je peux monter les marches deux par deux à bonne allure. Alors, autant continuer sur ce rythme.

Les premières lunettes de soleil d’intérieur. (Photo Pl4y international )

Les étages se suivent et se ressemblent. Sauf les derniers, évidemment. Je sais qu’il faudrait sprinter, grapiller une place ou quelques secondes. Au lieu de ça, j’arrive de mon allure de grand-père sur une ligne pas plus large qu’un couloir. C’est fait ! Les 8 minutes 30 d’ascension m’ont paru en faire 30. Encore haletant, une paire de mains me guide deux étages plus haut, pour admirer la vue à 360° sur Paris. Pierre-Nathanaël est déjà là avec les autres, en train de se désaltérer ou de tirer son selfie en mode « je l’ai fait ». Il y a de la fierté dans l’air. Et des cuisses qui ont grand besoin de repos.

Pendant la redescente, Thomas Didier, cofontadeur de la plateforme de corunning Jogg.in et partenaire de l’événement, m’explique que, malgré son succès en France à l’international, ce type de manifestation reste très compliqué à organiser, principalement pour des raisons de sécurité. Etant donné mon état à l’arrivée, c’est peut-être pas plus mal.