Disparition de Mathis: Vingt ans requis contre le père, le mystère reste entier

JUSTICE L 'avocat général Pascal Chaux a estimé que Sylvain Jouanneau s'était rendu coupable de «faits odieux»...

B.D. avec AFP
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Sylvain Jouanneau, le père de Mathis, au tribunal de Caen le 3 juin 2015
Sylvain Jouanneau, le père de Mathis, au tribunal de Caen le 3 juin 2015 — CHARLY TRIBALLEAU AFP

Vingt ans. C'est le nombre d'années de réclusion qui ont été requis ce jeudi aux assises à Caen contre Sylvain Jouanneau, 41 ans, accusé d'avoir enlevé et de séquestrer son fils, Mathis, disparu en 2011 à l'âge de huit ans, et dont on est sans nouvelles depuis.

Dans son réquisitoire au terme d'un procès de quatre jours à Caen, l'avocat général Pascal Chaux a évoqué devant les assises «des faits odieux (...) d'autant plus inexplicables que (l'accusé) venait de voir ses droits de père rétablis» progressivement par la justice. L'accusé a fait subir des «violences peut-être pas physiques, mais psychologiques, une emprise» à l'enfant, a ajouté Pascal Chaux.

Le verdict attendu dans la journée

«Dans quelques jours, Mathis devrait fêter son anniversaire. Est-ce qu'il pourra le faire? S'il peut le faire, il le fera seul, isolé», a-t-il souligné. Sylvain Jouanneau, dont le casier judiciaire est vierge, encourt 30 ans de prison. Le verdict est attendu dans la journée.

Sa mère a réclamé ce jeudi «la plus forte peine» pour l'accusé. «Je ne redoute plus le verdict. J'estime qu'il mérite la plus forte peine», a dit à la barre Marie-Elisabeth Jouanneau. Submergés par l'émotion, plusieurs membres de la famille ont dû quitter la salle.

Ce père divorcé n'a pas ramené Mathis chez sa mère comme il aurait dû le faire le 4 septembre 2011. Il affirme avoir confié l'enfant à des tiers à l'étranger et n'a fourni aucune indication sur le sort de Mathis depuis le début de son procès lundi. A en croire les quelques déclarations claires de l'accusé, Mathis «va bien», son père ne l'a «pas tué». Il aurait changé de nom et se serait converti à l'islam comme son père l'a fait en 2006.

«J'ai peur pour la vie» de l'enfant

Mais où est l'enfant? Malgré les demandes répétées des proches de l'enfant, épuisés nerveusement, et celles des magistrats, Sylvain Jouanneau ne répond pas pour, dit-il, «protéger» ceux à qui il a remis son fils. «C'est du vent. Il nous enfume (...) J'ai peur pour la vie» de l'enfant, a plaidé ce jeudi Aline Lebret l'avocate de la mère de Mathis, Nathalie Barré, «s'il est vivant, il est massacré».

A la présidente Antoinette Lepeltier-Durel, qui lui demandait pourquoi il ne parlait pas, l'accusé a ainsi répondu mardi: «Ca ne changerait rien». Sylvain Jouanneau multiplie les digressions, se mure parfois dans un silence inquiétant, perd rarement son «calme olympien», selon l'expression d'un témoin. «Mais on n'en peut plus, il faut secouer ce monsieur. Qu'il arrête de mentir. Si personne le bouscule, il parlera jamais», a presque crié mardi, en larmes à la barre, Alain Louet, le compagnon de la maman de Mathis.

«Les gènes de sa mère»

Sylvain Jouanneau a été arrêté le 9 décembre 2011, près d'Avignon, après avoir été aperçu à six reprises, à partir du 4 septembre, par des témoins en France, toujours seul. «Un vide» demeure, entre le 5 septembre et la mi-octobre, période où personne ne l'a vu. Cet ancien cadre devenu maçon a certes dit à la cour que Mathis est la «plus belle chose qui lui (soit) arrivée dans la vie».

Mais en 2010, après son divorce, il écrit de lui: «C'est l'enfant de la haine. Il y a des gènes de sa mère en lui. Je ne peux pas faire de miracles (...) J'ai fait le deuil». L'accusé, arrivé mercredi matin le poing levé à l'audience, n'explique pas la «précipitation» avec laquelle il a quitté son véhicule retrouvé près de Bayonne, près d'un fleuve, en septembre 2011, avec un rehausseur à l'intérieur et un paquet de bonbons.

Et selon les policiers entendus, son courrier de 2011 affirmant qu'il a confié Mathis à des «complices sûrs et puissants» est peu crédible pour cet homme sans amis.