« En général, les personnes dans votre cas on préfère les prendre en fin de matinée, ça me permet de bien nettoyer le cabinet après. » C’est une des phrases -choquantes- que les militants de l’association de lutte contre le sida Aides ont pu entendre lors du testing qu’elle a réalisé du 7 au 10 avril dernier auprès de 440 dentistes et 116 gynécologues pour évaluer l’attitude des médecins à l’égard de personnes porteuses du virus du sida (VIH).

Comme le rapporte ce jeudi Le Parisien, les militants de l’association ont téléphoné à ces praticiens pour prendre rendez-vous pour un détartrage ou un frottis, d’abord sans que le patient précise sa séropositivité, puis en en faisait état. Ils se sont également présentés sous un nom français, et sans CMU (couverture maladie universelle), « pour être sûrs que seule la maladie entraînerait un éventuel refus de soins », précise le quotidien.

30 % de refus déguisés chez les dentistes

Et, alors que le Code de la santé publique proscrit toute discrimination, sous peine de sanctions civiles et pénales, 3,6 % des dentistes (soit 16 sur 440) ont purement et simplement refusé de recevoir le patient à cause du VIH et 30 % (soit 132 dentistes) ont trouvé divers moyens (solvabilité financière, horaires contraignants, dépassements d’honoraires, manque de connaissance de la pathologie, matériel inadapté…) pour éloigner le demandeur de leur cabinet.

Les gynécologues s’en sortent mieux : Aides a comptabilisé deux refus de soins directement liés au VIH (soit 1,7 %) et 4,3 % de refus déguisés (5 sur 116). « Nous avons choisi de cibler ces spécialistes, car les remontées de discrimination et de petites humiliations venaient de là », a expliqué Bruno Spire, le président d’Aides, au Parisien. Alors que la future loi de santé est actuellement au Parlement, il demande que ces testings deviennent une preuve légale d’une attitude discriminatoire. Selon lui, les associations de patients devraient « être étroitement associées » à l’évaluation des refus de soins, prévue dans la loi, mais dont « seuls les ordres médicaux sont chargés ».

Le président de l’ordre national des chirurgiens-dentistes, Christian Couzinou, juge par ailleurs dans les colonnes du quotidien ces réactions « tout à fait anormales », et précise que l’ordre poursuit « systématiquement » quand elles lui parviennent. « Dans les cabinets, les précautions sont les mêmes quel que soit le patient. D’ailleurs, certains ignorent qu’ils sont séropositifs, et quand ils le savent ils ne sont pas obligés de le dire », conclut-il.