Le campement de migrants à la Chapelle sur le point d’être évacué

SOCIETE Quelque 400 personnes vivent sur ce site dans des conditions très précaires...

F.V.

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Des centaines de migrants, la plupart d'Afrique de l'Est, habitent dans ce camp, situé sous le métro, près de la porte de La Chapelle, à Paris, le 26 mai 2015
Des centaines de migrants, la plupart d'Afrique de l'Est, habitent dans ce camp, situé sous le métro, près de la porte de La Chapelle, à Paris, le 26 mai 2015 — ERIC FEFERBERG AFP

«Je n’ai jamais vu ça en pleine ville. Comment peut-on laisser des hommes, des femmes et des enfants dans un tel lieu de pisse et de crasse ?» Pierre Henry, directeur général de l’association France terre d’asile, plaide depuis cinq mois pour que le campement où se sont regroupés plusieurs centaines de migrants en plein Paris, dans le quartier de La Chapelle, soit évacué. «C’est indispensable. Ce qui se passe est une indignité».

Quelque 400 personnes, essentiellement Erythréens et Soudanais, vivent dans ce campement sauvage dans des conditions d’hygiène déplorables. Les ordures jonchent le bitume où des hommes dorment, tout habillés, sur des matelas posés à même le sol, rappelant les bidonvilles. Toutes les deux minutes, le métro fait trembler les rails au-dessus du campement, dans un immense fracas. «On est en deçà des standards fixés par l’OMS des prises en charge sur l’hygiène, l’accès et à l’eau et la nourriture», s’inquiète Jean-François Corty, directeur des missions France à Médecins du Monde.

L’association Emmaüs Solidarité, mandatée par la mairie pour coordonner toutes les actions humanitaires du campement, doit rendre un diagnostic sanitaire et social et faire des propositions début juin. Le démantèlement du campement devrait être effectué dans la foulée.

«Risque d’épidémie»

Le campement comptait une vingtaine de tentes au début, à l'été dernier. Sa taille a doublé depuis un mois et demi, avec plus de 380 personnes recensées aujourd'hui, dont des femmes et des enfants. Des migrants en transit pour le nord de l'Europe se mêlent à des demandeurs d'asile. «Il y en a même une quinzaine qui ont obtenu le statut de réfugié et qui y sont toujours», s’indigne Pierre Henry, évoquant un «manque d’orientation» et une «méconnaissance de leurs droits» pour expliquer cette aberration.

Mercredi, le préfet de police de Paris Bernard Boucault a évoqué un «risque d'épidémie», dont il n'a pas précisé la nature. Mais l'évacuation «va s'imposer», a-t-il averti, en assurant que des «propositions d'hébergement individualisées» seraient faites.

Le lendemain, la Ville de Paris, la Préfecture, l'Office de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et les associations France Terre d'asile (FTA) et Emmaüs Solidarité sont intervenus sur place pour faire le point sur la situation des migrants, afin de leur proposer un hébergement adéquat le jour de l'évacuation.

La question sensible du relogement

Les associations seront particulièrement attentives au relogement de ces personnes. «Elles doivent absolument être ré-hébergées, à la fois pour des questions de dignité et par pragmatisme, afin que l’évacuation ne serve pas juste à disperser les gens et à faire que d’autres campements soient reconstitués ailleurs», assure Pierre Henry. Problème: les Centres d'accueil de demandeurs d'asile (CADA) sont saturés, avec 20.000 places pour 60.000 demandes chaque année.

Jean-François Corty redoute qu’après l’évacuation, les migrants soient installés «deux ou trois jours dans des hôtels ou un gymnase» avant d’être de nouveau livrés à eux-mêmes. Il appelle à prendre des «mesures d’urgence», à les «mettre à l’abri dans des habitats en dur» et, plus largement, à anticiper les mouvements pendulaires des flux migratoires entre Calais et Paris.