Gaspillage alimentaire: Que vont changer les mesures votées à l’Assemblée?

SOLIDARITE La grande distribution va être incitée à donner ses invendus qui ne pourront plus être détruits...

Oihana Gabriel
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Illustration d'une grande surface Carrefour à Chènevière sur Marne.
Illustration d'une grande surface Carrefour à Chènevière sur Marne. — VINCENT WARTNER / 20 Minutes

Dans la nuit de jeudi à vendredi, les députés ont adopté à l’unanimité des amendements qui interdisent aux grandes surfaces de détruire leurs invendus et les incitent à les donner à des organisations caritatives. Un signe positif, mais pas révolutionnaire pour les associations.

Plus de magasins touchés et plus de produits

« Depuis trente ans, nous travaillons avec des grandes surfaces », rappelle Maurice Lony, directeur fédéral de la Fédération française des banques alimentaires. En effet, la grande distribution a souligné que 4.500 magasins avaient déjà signé des conventions avec des associations humanitaires.

« La grande distribution communique beaucoup sur ce qu’elle donne, en revanche jamais sur ce qu’elle jette, nuance toutefois Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement. Et on serait surpris de connaître la quantité de nourriture détruite… »

Guillaume Garot, député socialiste à l’origine, avec Jean-Pierre Decool (UMP), Brigitte Allain (Ecologiste), de ces amendements, défend aussi cet élargissement : « Il y a des initiatives très heureuses à généraliser. Mais j’ai aussi constaté sur le terrain des réticences, c’est pourquoi il nous fallait passer par la loi. » « Aujourd’hui, le don d’invendus marche sur du volontariat et on s’aperçoit que c’est plutôt des surfaces de plus de 1.000 m2 qui sont concernées, poursuit-il. Ces dispositifs vont donc ouvrir de nouveaux gisements de dons pour les associations de solidarité. 

Des conventions pour faciliter ces dons

Autre changement en vue: il sera interdit de verser de l’eau de javel sur les invendus des aliments des surfaces dès 400 m2.  « C’est une bonne mesure globale, mais qui ne change pas grande chose pour nous car la javellisation reste marginale, note Patrice Dallem, directeur de la Croix Rouge.  En revanche, ce qui va augmenter les dons, c’est l’obligation nouvelle pour les enseignes de donner les produits de leurs marques maison. »

Dans le nouveau texte, les grandes surfaces sont en effet  tenues de proposer leurs invendus à des associations, ou pour de la nourriture animale ou encore pour une méthanisation. Un esprit de dialogue salué par les associations. « C’est important que le texte précise que les enseignes ne sont pas obligées de donner mais de proposer aux associations, insiste Maurice Lony, le directeur fédéral de la Fédération française des banques alimentaires.

D’autre part, des conventions signées par les deux partenaires engagent les magasins à distribuer des produits de qualité et directement distribuables et du côté des associations, qu’elles soient équipées. » Car lors des longues discussions entre acteurs de la solidarité, grande distribution et élus, certaines associations avaient alerté sur le manque de moyens pour la collecte, le tri, le transport de ces aliments notamment pour respecter la chaîne du froid.

Voir le gaspillage dans sa globalité

Mais si cette avancée est saluée par nombre d’acteurs, certains regrettent que la loi n’observe pas le gaspillage dans sa globalité. « Le débat s’est concentré sur la grande distribution alors que le gaspillage se produit sur toute la chaîne », regrette Maurice Lony. Le don aux associations n’est qu’un facteur. »

Pour les associations, seule la vaste étude  menée sur six mois par l’ADEME devrait permettre l'évaluation nécessaire pour vraiment lutter contre le gaspillage à toutes les étapes. « Comment se fait-il que les coûts du gaspillage alimentaire ne soient pas assumés par chaque acteur à son niveau ? interroge le porte-parole de France Nature Environnement. Car nous produisons trop, les cahiers de charges de l’agroalimentaire sont trop restrictifs (légumes moches, bananes isolées), il y a trop de « casse » pendant le transport et ce gâchis, c’est le consommateur qui le paie. »